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Friday, August 06, 2010

CASA LOCO MOTION


CASA LOCO MOTION
envoyé par Jumpcut_maroc. -

Regard croisé de Reda Benjelloun et Khalil Nemmaoui Lire la suite...

Friday, May 22, 2009

Hommage tardif à Abdelkébir Khatibi ( l'Intellectuel global)

Je ne le connais pas bien, je n'ai pas pu encore. Je n'ai pas su prendre le temps. Il est déjà parti.
Voici un article sur sa vie que je viens de retrouver dans Babelmed.net (Il est signé Yassin Temlali).

S’il était besoin de mots pour qualifier le regretté Abdelkebir Khatibi, ce seraient : «intellectuel global». Entré dans le monde de la littérature par un roman, «La mémoire tatouée» (1971), il n’a pas tardé à révéler d’autres talents authentiques : celui de critique littéraire («Le roman magrébin», 1979 et «Figures de l'étranger dans la littérature française», 1987) ; d’historien de l’art («L’art calligraphique de l’Islam», 1994 et «l’art contemporain arabe, 2002) ; et enfin, de chercheur en sciences sociales qui, à l’écart des sentiers battus, s’est intéressé aussi bien à son pays, le Maroc («La civilisation marocaine», 1996), qu’au Maghreb dans son ensemble («Penser le Maghreb», 1993).
Abdelkébir Khatibi n’a jamais distingué ces disciplines artificiellement, pour le simple plaisir de rallonger la liste de ses «qualifications». Elles ne constituaient pas pour lui des univers étanches, séparés les uns des autres par l’épais voile de lexiques aussi spécialisés que souvent abscons. Traversant leurs frontières avec aisance, il ne s’est défini ni comme romancier ni comme critique ni comme sociologue : «Je migre dans [une] constellation d'affinités actives avec les scientifiques, les penseurs et les artistes. Je fais mon travail, c'est-à-dire la transfiguration de mon expérience en un chemin initiatique.» («L’intellectuel et le mondialisme»).
Pour Khatibi, la pensée était une,...


en ce qu’elle a pour objet invariable le monde et l’humain dans leur déroutante complexité. En plus, l’entreprise d’intelligence du Maroc, du Maghreb et du monde arabe recommandait une rigoureuse interdisciplinarité. La sociologie était ainsi mise au service de la critique littéraire et l’étude des motifs berbères au service d’une sociologie marocaine et maghrébine… La philosophie cessait, quant à elle, d’être une réflexion tournant dans le vide sidéral des concepts transcendantaux ; elle devenait un outil d’intelligence des questions d’histoire et de politique.
Ce refus du dogmatisme disciplinaire a eu une éclatante manifestation dans les travaux sociologiques de Khatibi, rares mais originaux. On n’y trouve pas trace de cet académisme rébarbatif qui leur aurait valu les éloges des spécialistes mais aurait limité leur utilité pour d’autres domaines des sciences humaines. Comme Bourdieu, Khatibi faisait descendre la sociologie de son piédestal, l’employant à étudier, en tant que problèmes concrets et pour ainsi dire «politiques», des thèmes comme l’identité ou l’altérité, relevant traditionnellement de la pure métaphysique. Réciproquement, comme dans son essai «L’homme-bombe» (publié dans «Le corps oriental»), un thème politique comme les attentats kamikaze était examiné à la lumière de la psychanalyse, s’éclairant ainsi d’un jour nouveau.
La méfiance envers les évidences était le plus fidèle compagnon de Khatibi. Méfiance envers les doctrines philosophiques, à l’universalisme illusoire, et envers les «acquis» présumés des sciences humaines, ces sciences étant le produit d’histoires épistémologiques particulières. La critique devait porter sur l’objet de l’étude mais elle ne devait pas épargner les instruments de l’étude eux-mêmes.
Ecrivant à une époque d’interrogations fondamentales sur l’identité et le rapport à «l’autre», l’ancien colonisateur, Khatibi ne s’est pas contenté de la critique du legs colonial. Il a préconisé une «double critique» : de la présumée universalité de la culture européenne et du monolithisme de la «culture arabe officielle», rigidifiée par des siècles de littéralisme. Sur le traditionalisme identitaire, il avait un jugement sans appel : «Il n'est pas la tradition : il est son oubli et en tant qu'oubli, il fixe l'ontologie à ce dogme : primauté d'un Etant (Dieu) immuable et éternel, invisible et absent.» Ce rejet du traditionalisme lui faisait rejeter tout patriotisme intellectuel. «J'appartiens à un pays magnifique […] Je lui dois ma naissance, mon nom, mon identité initiale. Je lui dois mon histoire, sauf le récit de ma liberté d'esprit, celle d'avoir à inventer un espace et une relation de dialogue avec n'importe quel être venant vers moi», écrivait-il dans «L’intellectuel et le mondialisme».

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Wednesday, April 01, 2009

Les Transculturelles des ABATTOIRS de Casa






















Un lien est dans le titre Lire la suite...

Wednesday, March 18, 2009

Marocothérapie - YOU NEED IT



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Saturday, January 10, 2009

CASA NEGRA








ps: hâte le voir Lire la suite...

Friday, November 28, 2008

En exclusivité - Vitamine C

VitamineC01 Lire la suite...

Sunday, November 23, 2008

That's morocco :)

These hands...(still somewhat of a film here)



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Tuesday, August 14, 2007

Gnawa diffusion live @ Marrackech





Voici une petite video amateur du conçert des Gnawa Diff à Marackech (08/08/07); c'était priori le dernier en terre africaine avant la séparation du groupe.
Excellente et chaude ambiance sur le stade de "Chez Ali :-) ),Amazigh Kateb and co nous ont régalés Lire la suite...

Thursday, July 12, 2007

Corruption au Maroc...en live


MAROC,Gendarmes corrompus
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Tuesday, June 19, 2007

Hmar w Bikhiiir (Ane/Imbécile...et bien dans sa peau :-) )




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Thursday, June 14, 2007

Bravo à AR Benchemsi





















Le Prix Samir Kassir 2007 a été remis à Ahmed Reda Benchemsi, Journaliste marocain de 33 ans pour son article "Le culte de la personnalité" publié le 29 juillet 2006 dans l'hebdomadaire marocain TELQUEL. Rita Chemaly, étudiante libanaise de 24 ans à l'Institut de Sciences Politiques de l'Université Saint-Joseph, a obtenu le prix de la catégorie Jeunes Chercheurs pour son mémoire de maîtrise intitulé: "La communauté nationale libanaise à l'épreuve du Printemps 2005 : entre le mythe et la réalité". Lire la suite...

Thursday, May 17, 2007

Bigg - Al Aoula Show - Alkhouf


BIGG Al Aoula Show el khouf
Vidéo envoyée par eelliissaaa
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Thursday, May 10, 2007

Le film "Transe / Al7al" de Ahmed ElMaanouni






Film Transe (1)
Vidéo envoyée par al-3arbi-batma


Film Transe ( 2 )
Vidéo envoyée par al-3arbi-batma



Film Transe ( 3 )
Vidéo envoyée par al-3arbi-batma


Film Transe ( 4 )
Vidéo envoyée par al-3arbi-batma


Film Transe ( 5 )
Vidéo envoyée par al-3arbi-batma


Film Transe ( 6 )
Vidéo envoyée par al-3arbi-batma


Film Transe ( 7 )
Vidéo envoyée par al-3arbi-batma


Film Transe ( 8 )
Vidéo envoyée par al-3arbi-batma


Film Transe ( 9 )
Vidéo envoyée par al-3arbi-batma
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Saturday, November 04, 2006

"J'irai dormir chez vous" - Maroc [ Part 5 ]

Marr7abane - Ma maison c'est ta maison, toi comme mon frère Lire la suite...

Monday, May 22, 2006


Bslama a Hicham, thanx for all the joys :-) Posted by Picasa Lire la suite...

Wednesday, September 14, 2005

Interview Abdellah Taïa : les corps écrits (Extraits)







(interview proposée par Booya)
Dans les sociétés arabes, on ne peut pas échapper à la sexualité de l'autre", remarque Abdellah Taïa. Lui qui a vécu son enfance dans une famille nombreuse de Salé, il raconte un quotidien où l'imaginaire religieux vient se mêler aux désirs du corps, puis la montée à Paris et la prise de conscience du chemin à parcourir pour devenir soi.

Fluctuat.net : Comment vous est venue l'envie d'écrire et qui plus est, d'écrire en français alors que l'arabe est votre langue maternelle ?

Abdellah Taïa : Je n'ai jamais rêvé de devenir écrivain. C'est quelque chose qui m'est tombé du ciel, qui s'est emparé de moi. C'est le cinéma qui m'a amené à l'écriture. Enfant et adolescent, il m'obsédait jour et nuit. Je collectionnais les photos des acteurs, des réalisateurs et je rêvais de devenir réalisateur. Deux ans avant le bac, j'ai écrit à la Fémis pour savoir comment passer le concours. L'école m'a répondu qu'il fallait avoir le Deug. Alors, je me suis dit, puisqu'un jour, je vais aller en France, puisqu'un jour, je vais passer ce concours et qu'un jour, je vais devenir réalisateur, autant approfondir mes connaissances en langue française. J'appartiens à une famille pauvre, sans moyens, si ce n'est peut-être des moyens intellectuels, en tout cas l'envie d'avoir des moyens intellectuels. Je n'avais pas fait mes études dans les écoles ou les lycées français qui sont réservés aux gens riches. Je venais de l'école publique où le français qu'on nous enseigne n'est pas suffisamment bon. J'étais incapable d'écrire correctement ou bien de développer une idée. Tout de suite, en arrivant en fac à Rabat, au contact des autres étudiants qui venaient des lycées français, je me suis rendu compte que j'avais énormément de lacunes. J'avais le choix. Soit abandonner le français et en même temps le rêve du cinéma, soit m'accrocher. Ce que j'ai décidé de faire. J'ai donc banni la langue arabe. Définitivement. Je ne lisais plus en arabe. Je ne parlais plus arabe qu'avec ma famille. Et le français est devenu ma priorité, mais aussi la langue avec laquelle j'entrais en conflit. Parce que c'est une langue qui est contrôlée et qui a été conquise seulement par les gens riches du Maroc qui, pour installer une différence entre eux et le reste des Marocains, parlent en français. J'ai toujours ressenti ça comme une agression, comme quelque chose de traumatisant, qui me rappelait en permanence à quel point j'étais inférieur par rapport à ces gens-là, que je ne serais jamais comme eux qui peuvent s'exprimer dans une langue que la plupart des Marocains ne peuvent pas comprendre, de façon profonde en tout cas. Même après, quand je commençais à m'intéresser plus sérieusement au français, ce sentiment de conflit, ce sentiment que ce n'était pas ma langue, que c'était quelque chose qui était d'ordre intellectuel, qui ne m'appartient pas et qui ne m'appartiendra jamais complètement, est resté. J'ai parfois un sentiment de révolte. Parce que, pour moi, c'était une humiliation permanente en langue française. Mon humiliation ! Par des gens qui croyaient que le Maroc leur appartenait. Je le ressentais de façon très violente. Et je pense que l'humiliation est un moteur qui incite à créer. Tout ça n'était pas conscient de ma part. C'est a posteriori que je me fais cette réflexion-là.

Mais maintenant, ce sentiment-là s'est un peu apaisé, non ? Vous prenez du plaisir à écrire en français ?
À la fac, j'ai décidé de tenir un journal intime en langue française où j'écrivais tout ce qui se passait dans ma vie, tous les films que je voyais. Petit à petit, ce journal s'est transformé en quelque chose de plus construit, sans que je le décide. Je me suis aperçu que j'écrivais ma vie sous forme de petits textes. L'écriture a commencé en moi, sans même que je m'en rende compte. Dans l'acte d'écrire, il y a un plaisir, mais il y a aussi un conflit. Ce sentiment que je ressentais à ce premier contact à la langue française quand j'étais enfant et adolescent, me reste. Rien n'est acquis.

À Salé, votre ville natale, vous aviez accès au cinéma ?
C'est ça qui est formidable ! Même élevé au rang d'art, le cinéma est resté un art très populaire. Encore aujourd'hui, au Maroc, il y a des cinémas où l'on ne va pas voir tel ou tel film, on y va pour la salle, la réaction du public, et aussi les engueulades avec le projectionniste qui coupe les scènes de baiser ou les scènes de sexe. Alors que ce qui se passe de sexuel à l'intérieur même de la salle de cinéma est incroyable. Il y aussi les disputes, la drague, la consommation de haschich ! Cette fête, ça a été mon premier contact avec le cinéma. Les films qu'on projetait dans les salles de mon enfance étaient des films indiens et des films de karaté. Parallèlement, il y avait des merveilles cinématographiques qui atterrissaient là par je ne sais quel accident. Il était une fois en Amérique, Il était une fois dans l'Ouest de Leone, Rendez-vous de Téchiné, Bertolucci, Bunuel - Le Charme discret de la Bourgeoisie - juste après un film de Bruce Lee, même un film de Satyajit Ray, Le Salon de musique. C'est inouï ! Évidemment, à l'époque, je n'avais aucune capacité pour mesurer la différence entre un film de Satyajit Ray et un film de Bruce Lee. Mais, dans ma tête, comme il y avait une sorte de religiosité par rapport à l'image, j'étais capable de recevoir tout et d'aimer tout.
"...."

La sexualité, précisément, est un thème important dans vos livres.
Pour moi la sexualité… Comment dire… La sexualité n'a jamais été un problème. Il faut dire que je ne suis pas un modèle de virilité et de machisme marocain. Donc j'étais très libre par rapport à ça. J'étais tout le temps dans une atmosphère un peu sexuelle. Dans les sociétés arabes, du fait de la promiscuité, on ne peut pas échapper à la sexualité de l'autre. En tout cas aux manifestations de la sexualité de l'autre. Ça commence par celle des parents. Je savais à peu près tout de leur sexualité. Je savais quand ils faisaient l'amour, quelle nuit. Même avant, je voyais les prémices. Je dirais presque que je les entendais dans la nuit, même si c'était peut-être davantage dans mes rêves ! Je voyais ce qui se passait le lendemain puisqu'il faut se laver parce qu'on est impur après l'acte d'amour. On n'avait pas de salle de bains. Tout se passait dans une sorte de toilette à la turque. On faisait chauffer de l'eau dans des gamelles qu'on transportait dans ces toilettes pour se laver. Il y avait aussi mes sœurs qui se servaient de moi comme prétexte pour aller chez leurs petits copains en disant qu'elles allaient juste se promener. Moi l'homme, j'étais chargé de les surveiller. Pendant que mes sœurs étaient dans la chambre avec leur copain, j'attendais. Elles me donnaient des bonbons, des glaces. Je regardais la télé. Ce n'est pas du tout quelque chose qui m'a gêné (rires). Peut-être que je suis un peu fou, mais je vous donne un exemple de la sexualité. Elle était peut-être non dite mais, dans les sensations, dans l'atmosphère, elle était présente en permanence. Et à partir de cette échelle familiale, on peut l'élargir à l'échelle de Rabat. Quand vous sortez dans la rue, c'est d'ailleurs quelque chose qui me frappe beaucoup quand je vais au Maroc maintenant, je me rends compte à quel point ce pays est débordant de sexualité ! Autant la sexualité est effacée dans la rue en Europe et en Occident, si ce n'est sur les panneaux publicitaires, autant dans la rue au Maroc, les gens se comportent d'une manière outrageusement sexuelle ! Du fait peut-être qu'on ne peut pas dire les choses…. C'est invraisemblable. Comment peuvent-ils être habillés, marcher, se draguer de cette façon, se jeter de pareils regards ? C'est un jeu sexuel permanent. Le fait d'avoir vécu dans cette atmosphère, ça m'a toujours paru naturel. Dans mon écriture, ça doit se voir un peu. Mais c'est juste comme cette atmosphère-là. Naturelle. Je ne me pose pas de questions par rapport à ma sexualité, à mon homosexualité. Ce n'est pas quelque chose qui m'obsède, qui me taraude ou me pose problème.

Il y a une initiation sexuelle entre garçons ?
Ah oui ! Absolument. Moi-même, j'ai eu une sexualité enfantine. Il y a une initiation entre enfants et avec des hommes entre 20 et 30 ans. Ça se passait de façon très naturelle. Je n'ai jamais été choqué.

Vous n'en conservez pas un traumatisme?
Jamais. Je pense que je ne suis pas le seul. Et je tiens à le dire, par rapport à ce qui se passe aujourd'hui en Europe, par rapport à la pédophilie notamment. Je trouve qu'il y a beaucoup d'amalgames et que malheureusement, on tombe dans un certain moralisme qui nuit beaucoup aux racines grecques et romaines de la culture occidentale. D'un côté on donne une certaine liberté, plus ou moins, à l'homosexualité et en même temps, on est en train de s'enfermer dans un certain « politiquement correct » que je trouve infernal. On reproche à l'Amérique certaines choses, mais en même temps, on se rend compte que l'Europe vit la même chose. Je trouve ça très malheureux.

Vous avez pu vivre votre homosexualité au Maroc ?
Oui, mais je ne l'ai pas vécue dans le sens européen. Pas dans une reconnaissance. Ma mère ne le savait pas. On ne peut pas dire les choses, on se sent enfermé, bloqué, étouffé. Mais parallèlement à ce non-dit, je pouvais vivre tout ce que je voulais. Ça n'empêche pas que j'avais des angoisses, des conflits, des accès de pessimisme, mais qui n'étaient pas liés à la sexualité ou à l'homosexualité.

Le fait de ne pas pouvoir parler de votre homosexualité à votre mère, c'était douloureux pour vous ?
Non. C'est pour ça que j'insiste. J'ai vécu mon homosexualité au Maroc, pas d'un point de vue occidental. Pas comme un Occidental la vivrait. Ce n'est pas du tout la même chose. Je ne suis pas en train d'idéaliser la société marocaine. Je dis juste comment moi j'ai vécu les choses. Et d'ailleurs, quand on essaye de transposer, c'est là que le malentendu apparaît. De même pour le lesbianisme. Je suis sûr qu'il y a beaucoup de choses au Maroc qui ne sont pas encore dites. Mais j'ai vu au Maroc des choses qui se passent entre femmes. Ne serait-ce que pour mes sœurs. C'est indéniable.
"...."
Et puis il y a aussi cet espace collectif où les corps se mettent à nu, le hammam. C'est un lieu important pour vous ?
Oui. Absolument. C'est un lieu où il n'y a pas forcément une sexualité, mais une sorte de sensualité, une relation avec le corps de l'autre et ça c'est très, très important. Pour nous, c'était un lieu de passage obligatoire, ne serait-ce qu'une fois par semaine puisqu'on n'avait pas de salle de bains. On ne se lavait qu'une fois par semaine et je garde un goût pour ça. Parfois, ici à Paris, quand je sais que je ne vais pas voir du monde, je reste deux ou trois jours sans me laver. J'adore ces odeurs qui émanent de moi et que je ne garde que pour moi. Peut-être va t-on me prendre pour un cochon ! Si vous ne vous êtes pas lavés pendant trois ou quatre jours, quand vous le faites, l'impact de l'eau sur la peau n'est pas pareil. Et vous avez vraiment l'impression qu'il y a quelque chose qui se passe.
"...."
Ça vous a manqué ce contact physique quand vous êtes arrivé à Paris ?
Oui. Devenir un individu, ça veut dire être seul, s'accepter et assumer tout seul, ce n'est pas quelque chose d'évident. Vraiment, même pour quelqu'un comme moi qui a lu, qui a un bagage intellectuel… Je dirais même que c'est un traumatisme. Pour devenir un individu, ici, à Paris, ça n'a pas été facile. De la même façon que ça n'a pas été facile, de s'extirper là-bas du groupe pour pouvoir garder ne serait ce qu'un espace pour soi.

Si vous étiez resté au Maroc, votre mère aurait voulu vous marier à une jeune femme. Il aurait été difficile de refuser.
Evidemment, je me pose cette question-là. De toute façon, elle me le disait déjà avant même que je ne parte. Mais, je prenais ça pour la dictature quotidienne de ma mère. Mais je ne sais pas ce que je serais devenu si j'étais resté là-bas. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a une homosexualité claire et nette. Il n'y a pas de doute sur ça.
"...."
Est-ce que vos livres sont lus au Maroc à la fois par des intellectuels et des gens de votre famille ?
Ma famille a eu accès à des premières nouvelles que j'ai publiées dans des recueils collectifs et au premier livre Mon Maroc (Séguier, 2000). Le deuxième livre, Le Rouge du Tarbouche (Séguier, 2004) va être bientôt édité en français par une maison d'édition marocaine. Mes frères et sœurs lisent le français, mais ma mère est analphabète. Ils lui disent de quoi je parle.

En lui cachant votre homosexualité ?
Je ne sais pas. Ils ne le savent pas. Enfin…. Ce n'est pas qu'ils ne savent pas. Je ne veux surtout pas penser à ce qui va se passer au moment de la réception d'un de mes livres. Et ça ne me donne aucune angoisse. J'essaye de me vider la tête par rapport à ça.

La religion tenait une part importante dans votre vie quand vous étiez enfant, adolescent ?
La religion au sens où c'était un cadre de vie, pas au sens où il y avait des obligations de prière, de respect de tous les principes et préceptes de l'islam. C'était plus une religion comme atmosphère, comme lumière, comme odeur, comme ma mère dans son bordel religieux, qu'autre chose. Par exemple, on ne m'a jamais obligé à prier. La seule chose qu'on m'a obligé à faire, c'est le ramadan. Au Maroc, on peut ne pas respecter les autres préceptes, mais ne pas faire le ramadan, ça passe mal. Mais c'était la fête pendant trente jours. Je le faisais avec plaisir. Surtout, ce que j'aimais dans l'Islam, en tout cas celui que j'ai vécu dans les années 1970 et 1980, c'était le paganisme. Il y a des choses qui n'ont rien à voir avec l'islam et qui se mélangeaient à l'Islam (*), comme le culte des saints. C'est ce qui m'a le plus marqué. Dans mes livres, je parle toujours des saints, de la baraka. J'ai été initié à ça. J'ai vu ce que c'était. J'ai vu…Je vais dire un mot peut-être un peu choquant…. Mais… Les partouzes ! Ce que c'est un mausolée de saints au Maroc ! C'est un lieu d'une liberté extraordinaire. C'est à la fois un respect d'Allah, de certaines règles, mais pas toutes et l'instant d'après les gens boivent du vin, ils s'accouplent, ils sont possédés, ils croient qu'il faut satisfaire ces Djinns (démons) qui les habitent. C'était une atmosphère de folie qui me ravissait.

Qui sont saints ?
Au Maroc et en Islam en général, une personne devient saint ou sainte après sa mort seulement par la ferveur populaire, parce que les gens l'ont aimée. Ils honorent sa tombe et avec le temps, ça conserve à cette personne une certaine aura. On construit un mausolée, puis on organise une saison de pèlerinage. En réalité, beaucoup de ces saints n'ont pas eu une vie si pieuse que ça. Au contraire. Beaucoup étaient presque des mécréants, des gens qui vivaient dans le pêché, pour reprendre un mot religieux qui ne veut rien dire dans le cadre de ces mausolées. Je suis lié à la fois à ces saints, à ces mausolées, à ce qui s'y passe et à la folie. Le Maroc est un pays fou ! (rires) La folie, c'est quelque chose qui m'intéresse beaucoup… Peut-être parce que moi-même je dois être un peu fou. Nous devons tous avoir en nous des germes de la folie.

Que voulez-vous dire quand vous dites que le Maroc est un pays fou ?
Les gens vivent dans l'irrationnel complet, avec une croyance sincère dans la sorcellerie. D'ailleurs, si vous voulez comprendre les Marocains, il ne faut absolument pas dire « mais qu'est-ce qu'ils sont bêtes, ils croient à la sorcellerie! » La question ne devrait même pas se poser. Tout le monde y croit. Et tout le monde fait de la sorcellerie. Enfin je veux dire…. Pas moi, évidemment ! Mais c'est une clef importante pour comprendre, à la fois, la personnalité, la psyché, la religion et la société marocaine. C'est tout ça pour moi l'Islam et aussi l'appel à la prière. C'est une musique qui me manque beaucoup ici à Paris. Cette voix qui s'élève cinq fois par jour, qui gêne certaines personnes et qui ne m'a jamais gêné.

Que pensez-vous de la situation du Maroc aujourd'hui, sous le règne de Mohammed VI ?
Ce qui se passe en ce moment au Maroc est à la fois réjouissant et malheureux. Il y a des choses qui incitent à rester optimistes et d'autres qui, au contraire, font que je me demande comment les gens font pour réussir à survivre avec tant de misère. Par exemple, il y a au Maroc, c'est indéniable, la formation d'une société civile. Ça se voit à tous les niveaux. Il y a une vraie liberté de parole. Mais d'un autre côté, il y a une vraie misère qui fait le terreau de l'islamisme extrémiste qui est, quoi qu'on dise, en train de germer et de s'installer dans les quartiers populaires.

Si on prend l'exemple de votre famille ?
Heureusement, tous mes frères et sœurs ont pu faire des études. Ils ont trouvé du travail, ils ont de très bons postes. Nous ne sommes pas devenus des bourgeois, mais nous avons un bon niveau de vie. Nous ne sommes plus pauvres. Nous avons de quoi manger. Ce qui n'était pas le cas quand j'étais enfant. Mais quand je retourne dans mon quartier, je vois que les gens sont de plus en plus pauvres. Ça m'inquiète beaucoup. La misère, la pauvreté, c'est le meilleur moyen pour encourager l'extrémisme. L'Islam extrémiste peut donner un sens à la vie d'une personne pauvre qui est extrêmement fragile. N'importe qui peut venir et lui faire un lavage de cerveau en lui disant : « Si vous mourez, vous serez au Paradis, vous ne serez pas seul. » Etre un élément parmi tous les musulmans, ça donne un sens à l'existence. Le gouvernement ne fait pas assez pour les gens. Et en même temps, est-ce que c'est le gouvernement qui doit tout faire pour ce peuple ? En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il y a des richesses dans ce pays qui sont volées et qui sont l'apanage d'une petite minorité de Marocains. Le reste des gens n'a rien.
"...."
Dans vos ouvrages, il y a une part de réflexion philosophique. Est-ce que c'est lié à votre culture islamique ?
Oui, il y a une certaine sagesse. Ça se traduit souvent à la fin de chaque récit. Il y a, non pas une morale, mais une manière de revenir sur le récit, non pour le résumer mais pour dire « voilà, c'est ça ». Ça doit provenir de la structure des contes oraux, au Maroc et dans le monde arabe.

Qu'est-ce qu'elle a de particulier ?
Souvent, après avoir raconté l'histoire, on la résume en deux ou trois lignes. J'essaie dans chaque texte de boucler ce que je raconte. S'il y a une morale, c'est simplement la mienne, celle de ma vie. Ça se voit encore plus dans les livres d'un compatriote que j'aime beaucoup, Rachid O, un écrivain homosexuel de 34 ans. Quand j'étais au Maroc, ça a été pour moi une énorme découverte.

Aujourd'hui, quelle place occupent la littérature et le cinéma dans votre vie ?
Le cinéma prime plus que la littérature. J'ai des idées de scénarii. Mais, quand j'ai compris que ma famille n'avait pas d'argent, que je ne connaissais personne à Paris, que même pour obtenir le visa pour aller en France ça allait être comme escalader l'Everest, quelque chose en moi s'est apaisé qui m'a appris non pas à renoncer, mais à retarder certaines choses. En ce moment, j'écris des textes où le « je » et la fiction interviennent. Ce que je lis après n'est plus moi, ça devient autre chose. Là encore, c'est la leçon de Proust. A partir du moment où l'on manipule les mots, où l'on joue sur le ton, la chronologie, les épisodes, les couleurs, il y a quelque chose de nouveau qui émerge et qui me surprend, moi le premier. J'ai un projet d'écrire sur le plus grand amour de Jean Genet, Abdallah le funambule qui s'est suicidé quand Genet l'a délaissé. J'adore Jean Genet, c'est un des plus grands écrivains du XXe siècle. Et quelque part, c'est un écrivain marocain.

Il est également cinéaste.
Oui et il a fait un des plus beaux films qui soit dans l'histoire du cinéma, Un chant d'amour. C'est un film muet, qui revient aux origines même du cinéma. Un film vraiment extraordinaire. Je serais volontiers un fils de Jean Genet.

Laure Naimski - Lire la suite...

Le réveil berbère

Désormais reconnues par le royaume chérifien, l'identité, la langue et la culture amazighes s'affichent. Dans les villages de la montagne, où la priorité est d'abord économique et sociale, la population s'organise, à travers des associations locales de plus en plus nombreuses. La fin d'un long oubli.

Dans sa maison de pisé, au cœur du Haut Atlas oriental, Aghrour Moha reçoit autour d'un thé à la menthe les amis venus lui souhaiter la bienvenue. Cela fait une petite semaine seulement qu'il a retrouvé son douar et sa famille. Il vient de passer huit années en prison et il ne comprend toujours pas pourquoi. L'affaire remonte à 1997: une dispute entre des bergers de la tribu des Aït Hdidou, à laquelle il appartient, et un autre clan, celui des Aït Ihya, pour une histoire de pâturage. Une tente est brûlée, quelques moutons sont tués. Aghrour jure qu'il n'a rien fait. Mais, un matin, les gendarmes sont venus les chercher, lui et 13 autres hommes du village. A Er-Rachidia, la grande ville la plus proche, un juge les a condamnés à de lourdes peines de prison. Aghrour est le dernier à avoir été gracié. Maintenant qu'ils sont tous libres, ils veulent organiser une fête pour sceller, avec les Aït Ihya, la «réconciliation des tribus». Car ici, en terre amazighe (berbère), c'est depuis toujours le clan qui engendre le lien le plus fort.

Nous sommes dans la région d'Imilchil, fief des Aït Hdidou. Etablis dans ces montagnes depuis le XVIIe siècle, ces Berbères d'origine saharienne étaient, autrefois, des guerriers. Tout comme, un peu plus au sud, là où commence le Sahara, la tribu cousine des Aït Merghad, rassemblée autour du vieux ksar de Goulmima et de sa palmeraie. Cette région du Maroc, où David Lean tourna Lawrence d'Arabie, sera la dernière à être soumise par les Français, lors de la bataille de Boughafer, en 1933, plus de vingt ans après la proclamation du protectorat. C'est un pays de montagnes ocres et arides, avec des oueds qui creusent des gorges étroites ou qui coulent au fond de vallées paisibles, entre peupliers et lauriers-roses, avec des canyons profonds, des douars qui ont la couleur de la terre, et des casbahs de pierres sèches.

Avec le Souss, au sud de Marrakech, et le Rif (1) au nord, l'Atlas est l'une des trois régions berbérophones du royaume chérifien. Cela fait des milliers d'années que les Imazighen («hommes libres») peuplent ces montagnes et leurs contreforts sahariens. Ils sont les premiers habitants du Maroc. Les Phéniciens - au XIIe siècle avant Jésus-Christ - et les Carthaginois - au Ve siècle avant Jésus-Christ - leur ont appris l'usage du fer, la culture de la vigne et celle de l'olivier. Sous la domination romaine, les Berbères ont donné deux papes à la chrétienté - Victor Ier, en 189, et Miltiade, en 311 - avant le grand tournant, au VIIe siècle, de la conquête arabe. Ils font alors allégeance aux Idrisides, originaires de la péninsule Arabique, et embrassent la foi musulmane.

La rencontre des Imazighen et de l'islam marque le début de l'histoire du Maroc telle qu'elle est aujourd'hui enseignée dans les écoles du royaume. Tout ce qui s'est passé avant, au temps où les Berbères n'étaient pas musulmans, est zappé… Du moins les écoliers d'aujourd'hui apprennent-ils - ce qui n'était pas le cas de leurs aînés - la saga des grands empires amazighs: les Almoravides, venus du Sahara au XIe siècle, qui fondent Marrakech avant de conquérir l'Andalousie; les Almohades, originaires du Haut Atlas, qui réussiront à s'imposer dans toute l'Afrique du Nord; les Mérinides, très tôt arabisés, qui, pour gouverner, s'appuient sur l'élite andalouse. C'est à leur époque seulement, au XIIIe siècle, que la langue arabe s'impose dans les cercles du pouvoir. Elle va s'étendre dans les plaines et dans la plupart des villes. Les montagnes, elles, restent berbérophones. Sous la coupe de chefs de guerre, elles échapperont longtemps au contrôle des sultans. Une «carte politique du Maroc» d'origine française datant de 1900 (2) l'atteste. Le pays y apparaît divisé en trois zones: le makhzen, c'est-à-dire le territoire contrôlé par le sultan, les régions «semi-indépendantes» et les zones «dissidentes». En réalité, le pays berbère, à la seule exception d'une partie du Souss.

Victimes du panarabisme
En 1956, le Maroc, nouvellement indépendant, proclame son identité arabe. Le mouvement national - notamment le parti de l'Istiqlal (dominé par la bourgeoisie fassie) - est profondément attaché au panarabisme, qui a alors le vent en poupe du golfe Persique à l'océan Atlantique. L'arabité est considérée comme un facteur d'unité, la diversité culturelle comme un ferment de division. «Au regard du redoutable arsenal de mythes valorisant l'arabisme, les gesticulations de la berbérité ne font pas le poids», commente Mohamed Chafik. Cet universitaire, auteur de nombreux ouvrages, ex-directeur du Collège royal, à Rabat, est aujourd'hui considéré comme le «père» du mouvement amazigh marocain.


Les Berbères du Maroc.

Ce n'est qu'en 1991 que la revendication berbériste émerge au Maroc. Le 5 août de cette année-là, une demi-douzaine d'associations, réunies à Agadir, rendent public un texte qui réclame la reconnaissance de la langue et de la culture amazighes. Trois ans plus tard, le 1er mai 1994, sept manifestants sont arrêtés à Goulmima pour avoir défilé avec des banderoles rédigées en tifinagh, l'écriture des Berbères. A la fin des années 1990, le climat change. Démocratie et droits de l'homme s'installent au cœur du débat politique. Le mouvement berbériste se greffe sur cette évolution. «La revendication identitaire amazighe s'inscrit dans la revendication démocratique, elle est partie prenante au mouvement pour les droits de l'homme», souligne Driss Khrouz, directeur - berbère - de la Bibliothèque nationale, à Rabat. Les animateurs du mouvement amazigh mettent volontiers en avant les traditions de leur culture, qui, selon eux, rendraient les Imazighen plus accessibles aux valeurs de la démocratie, voire de la laïcité: le rôle des conseils de notables, un certain égalitarisme historiquement lié aux nécessités de la transhumance… «Notre mouvement est porteur des valeurs de tolérance de nos ancêtres», affirme ainsi l'universitaire Meryam Demnati.

Mars 2000: après deux années de débats, des intellectuels réunis sous la houlette de Mohamed Chafik publient un «manifeste berbère». Le texte, signé par plus de 200 personnalités, est un véritable cahier de doléances. Il demande à la fois la réhabilitation de la langue, de la culture et de l'identité berbères, la refonte de l'enseignement de l'histoire, la mise en place de fonctionnaires berbérophones dans les administrations en contact avec le public, une politique de développement régional… Il est remis au porte-parole de Mohammed VI, Hassan Aourid, lui-même d'origine berbère. La question amazighe entre au Palais.


Le tamazight enseigné à l'école
Le roi nomme une commission - composée de Mohamed Chafik, de Hassan Aourid, de l'historien Abdelwahab Ben Mansour, du directeur du cabinet royal, Rochdi Chraïbi, et d'un conseiller du souverain, Meziane Belfikh - chargée d'y réfléchir. Le 17 octobre 2001, il signe le dahir (décret) qui donne naissance à l'Institut royal de la culture amazighe (Ircam)». Le Palais reconnaît désormais que l'identité du royaume est plurielle et que la berbérité y a sa part. L'Ircam est à la fois une institution universitaire et une instance consultative chargée de conseiller le souverain sur tout ce qui concerne l'identité berbère. Un caractère hybride critiqué par certains universitaires et que défend son recteur, Ahmed Boukouss. «Notre rôle politique, dit-il, nous donne une visibilité, un poids que nous n'aurions pas si nous étions une simple institution académique.»

Priorité de l'Ircam aujourd'hui: accompagner la mise en place de l'enseignement du tamazight à l'école. Les premières classes ont été ouvertes à la rentrée 2003 dans un peu plus de 300 écoles. Sur le papier, en 2010, tous les élèves du cycle primaire du royaume devraient avoir trois heures de cours par semaine. Un objectif ambitieux qui ne sera pas atteint car le programme, ces deux dernières années, a pris du retard. L'Ircam accuse le ministère de l'Education et certaines académies de faire preuve de mauvaise volonté - sept membres du conseil d'administration de l'institut ont démissionné en février dernier pour manifester leur mauvaise humeur - tandis que les autorités gouvernementales invoquent des difficultés techniques qui auraient été largement sous-estimées.

Il faut dire qu'avant même de rédiger les manuels il a fallu choisir l'écriture. La bataille a été rude. Les uns, notamment un courant berbériste issu de la mouvance islamiste, plaidaient pour les caractères arabes; les autres, militants d'associations laïcisantes, pour la graphie latine. C'est finalement une troisième voie qui a été retenue par le conseil d'administration de l'Ircam, appelé à trancher ce débat: les écoliers marocains apprendront à écrire en tifinagh, l'écriture des Imazighen depuis les origines. Un compromis très politique, en faveur duquel Mohamed Chafik, à l'époque recteur de l'Ircam, a pesé de tout son poids, mais qui demeure très contesté.

Le financement des expatriés
Aujourd'hui, les associations amazighes veulent que la monarchie aille plus loin: elles demandent la reconnaissance officielle de la langue berbère dans la Constitution. En faisant valoir que 10 millions de Marocains, soit près 40% de la population du pays, sont berbérophones. En attendant, la berbérité s'affiche. Les festivals de musique ou de poésie amazighes attirent les foules.

Dans le monde des affaires, une nouvelle génération émerge. «La berbérité a davantage de visibilité, constate le politologue Mohamed Tozy. On ose maintenant lire le paysage économique ou politique en ces termes.» «Il y a beaucoup moins de complexes qu'avant», confirme Aziz Akhannouch, président de la région Souss-Massa-Draâ et jeune patron - berbère - du groupe Akwa, dont les activités vont de la distribution d'essence et de gaz à la téléphonie mobile, en passant par l'assurance et la presse.


Les débats au sein de l'Ircam ont peu de prise sur le monde rural, qui constitue l'essentiel du pays berbère. Mais on assiste depuis quelques années, dans ces régions, à une floraison d'associations locales de développement, dont les animateurs ne cachent pas que leur démarche est, aussi, largement identitaire. «Le problème de l'amazighité n'a jamais été purement culturel et linguistique. Il est d'abord un problème économique et social. L'amazighité, c'est également les routes, l'électricité, l'eau potable»,
souligne Mounir Kejji, militant berbériste, chercheur au centre Tarik ibn Zyad, à Rabat. «Les gens ont pris conscience qu'il ne fallait pas compter sur l'Etat et qu'ils devaient se prendre en main, ajoute-t-il. D'où l'engouement pour les associations.»

Les premières sont nées dans le Souss, à l'époque de Hassan II, en grand partie grâce à l'argent des expatriés (3). «L'‘‘Arabe du coin'' est un Chleuh [un Berbère du Souss]», dit Abdellah Bounfour, qui enseigne le berbère à Paris. Traditionnellement commerçants, les Soussis ont investi, dans nos grandes villes, épiceries et commerces de fruits et légumes. Ayant acquis une certaine aisance financière, ils ont cherché à aider leurs villages. D'où le foisonnement d'associations. Electrification, construction d'ouvrages hydrauliques, de pistes, de routes, de dispensaires… les initiatives villageoises, souvent financées par l'immigration, se sont multipliées depuis les années 1980.

A cette époque, la monarchie se désintéressait du développement des campagnes. Aujourd'hui, celui-ci est devenu une priorité. La démarche associative est encouragée officiellement dans toutes les régions rurales. Les assemblées traditionnelles des tribus berbères - les qalila, au niveau du clan, les comités de douar dans les villages - sont invitées à se doter d'une structure juridique pour bénéficier des appuis administratifs et pouvoir collecter des fonds.

A Anergui, commune du Haut Atlas située entre Imilchil et Azilal et qui regroupe une demi-douzaine de douars, c'est un «fonctionnaire d'autorité» - ainsi se définit Lahcen Houhemou - qui a pris, l'an dernier, l'initiative de créer l'Association Mouriq pour le développement, du nom de l'une des montagnes qui dominent le village, avec son ami Chérifi Hammou. Ce dernier, qui conduisait le 4 x 4 municipal avant qu'il tombe définitivement en panne, possède un petit gîte où il accueille des randonneurs. «Nous avons réalisé qu'il nous fallait un statut et un compte bancaire pour pouvoir recevoir leurs dons», explique Lahcen. Les premiers fonds récoltés ont servi à acheter des médicaments, des stylos et des cahiers pour les enfants. Récemment, une demande de subvention a été adressée aux autorités de la région. En projet: la construction d'une salle de classe et l'achat d'une ambulance - l'ambassade du Japon a été sollicitée, avec le soutien de l'administration. Les deux compères aimeraient aussi pouvoir acquérir un tracteur afin d'entretenir les pistes, souvent impraticables dès qu'il pleut. Lahcen a même écrit à Jacques Chirac pour lui demander son aide.

Le premier médecin à trois heures de route
Il exhibe fièrement la lettre de l'Elysée qui lui suggère de s'adresser au service de la coopération de l'ambassade de France à Rabat: «Au moins, il m'a répondu!» Sa requête n'a rien d'un caprice: il faut rouler trois heures sur la caillasse pour atteindre le premier médecin. Un accouchement difficile peut, très vite, tourner au drame. Plusieurs femmes d'Anergui sont mortes en couches faute d'avoir pu être transportées à temps dans un hôpital. Celle de Chérifi a eu plus de chance: elle a mis leur enfant au monde sur la piste…

Aït Iazem, au nord d'Azilal, dans le Haut Atlas central: une centaine d'hommes armés de pioches s'affairent, malgré la chaleur, autour du vieux puits de cette commune rurale. Il faut l'agrandir et préparer la pose de canalisations. Avec, dans six mois, la perspective d'avoir un château d'eau et pour chacun, enfin, des toilettes et l'eau courante. L'initiative du projet revient à l'Association Azilal pour le développement, l'environnement et la communication (Aadec), qui a incité les villageois à se doter de leur propre association et organisé un partenariat avec un organisme public, l'Agence de développement social. Celle-ci finance 80% des travaux, mais les villageois doivent prêter leurs bras et fournir ainsi, en nature, 20% du coût du projet. L'Aadec a été créée il y a cinq ans par quatre jeunes d'Azilal. Ils reconnaissent avoir profité d'un «climat favorable». Leur objectif: faire en sorte que leur région ne soit plus une «province oubliée», marginalisée. «Notre région a longtemps été délaissée par le pouvoir central parce qu'elle était considérée comme dissidente», explique Lhoucine Oualla, vice-président de l'Aadec, qui aimerait voir officiellement reconnue la «résistance de la montagne berbère à l'occupation coloniale». «Bien souvent, dans les douars, ajoute-t-il, les gens n'ont pas d'autres liens avec l'Etat que les taxes sur le sucre et le thé.» La province a aussi payé un lourd tribut aux années de plomb: 7 000 détenus recensés.

Un soulèvement durement réprimé C'est vrai de tout le Haut Atlas et de ses contreforts. Plus à l'est, les régions d'Imilchil, de Goulmima et de Tinghir furent, en mars 1973, le théâtre d'une ultime tentative de soulèvement contre la monarchie. A l'instigation des dirigeants de la gauche marocaine alors basés à Oran (4), plusieurs dizaines de maquisards berbères tentèrent d'installer un foyer révolutionnaire. Sans doute trahis, la plupart d'entre eux ont été tués les armes à la main. Les autorités ont alors procédé, dans toutes les localités avoisinantes, à des arrestations massives. «A l'époque, raconte Ihou Chari, un professeur de français aujourd'hui à la retraite, j'enseignais à Goulmima. Je n'étais pas impliqué dans le soulèvement. Mais j'étais membre du Syndicat national des enseignants et j'avais adhéré à l'Union nationale des forces populaires. Comme beaucoup de jeunes gens arrivés à l'âge adulte dans les années 1960, je croyais au tiers-mondisme, j'admirais Che Guevara. Cela a suffi pour qu'ils m'emmènent. Ils ont raflé tout le monde, du berger au prof d'université.» Il fut détenu pendant trois ans et demi, sans jamais passer en jugement. Libéré, il est sommé de se taire. Jusqu'à cette année et son audition devant l'instance Equité et réconciliation, chargée d'entendre et d'indemniser les victimes des dérapages du passé. Cette mémoire-là commence à peine à sortir des oubliettes de l'histoire officielle.


Post-scriptum
L'Institut européen de la Méditerranée organise un symposium consacré à la culture amazighe du 28 au 30 juin, à Barcelone.

(1) L'Express du 24 mai 2004 (lire l'article).
(2) Au seuil du Maroc moderne, du Dr F. Weisgerber, publié par l'Institut des hautes études marocaines aux éditions la Porte, à Rabat, en 1947.
(3) Marocains de l'autre rive. Les immigrés marocains acteurs du développement durable, par Zakya Daoud. Ed. Paris-Méditerranée, coll. Documents et témoignages, 2005, 248 p., 16 €.
(4) Héros sans gloire. Echec d'une révolution, 1963-1973, par Mehdi Bennouna. Ed. Paris-Méditerranée, coll. Documents et témoignages, 2002, 376 p., 18 €.


Par Dominique Lagarde
Lexpress.fr

Liens
L'Internet berbère
www.ircam.ma
www.centretarik.org.ma
www.tawiza.net
www.souss.com
www.mondeberbere.com
www.leschleuhs.com
www.amazighworld.org
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Salam Casablanca,

La capitale économique du Maroc vient enfin de se doter d’une manifestation digne de son rang. Éclectique et populaire comme il se doit, la première édition a rassemblé du 16 au 23 juillet deux millions de personnes, soit le tiers des habitants de la ville !

L'horloge de la wilaya indique 21 heures. Les trottoirs de l'avenue Hassan-II sont noirs de monde. La circulation coupée. Un cortège officiel ? Non ! Une parade en ouverture du festival de Casablanca. Un genre plutôt inédit dans cette mégapole où l'on a longtemps craint que les rassemblements populaires ne tournent à l'émeute. L'ambiance est plutôt bon enfant en ce samedi soir. Transhumance, la parade nocturne tout en musique et en lumière imaginée par la compagnie Oposito, achève son parcours place Rachidi, dans le centre-ville. Menés par des dizaines d'artistes, les animaux factices (éléphants en métal, vaches et girafes en bois, oiseaux aux plumes illuminées) qui viennent de défiler devant 120 000 spectateurs éblouis disparaissent derrière un rideau de feu. La place Rachidi, où a été dressée l'une des trois scènes en plein air et en accès libre est déjà prise d'assaut. Les petits marchands ambulants de cigarettes et chewing-gums qui grouillent sur la place peuvent se frotter les mains. Ce soir, ils feront des affaires.
Sur l'immense plateau, cinq gais lurons, les Hoba Hoba (voir J.A./l'intelligent n° 2317). Pour l'occasion, Réda Allali, le meneur de ce « groupe fusion » né en 1998, et ses musiciens se sont mis sur leur trente et un. Tous en costumes aux couleurs psychédéliques. Leur premier morceau, « Bienvenue à Casa », s'avère un portrait cru et tendre de la cité blanche. Il y est question de « pollution », de foules qui passent la nuit devant les consulats en attente d'un hypothétique visa, de taxis fous qui slaloment dans les artères de la ville, de « pétasses qui passent et repassent devant les terrasses » et autres joyeusetés.
Non, Casablanca ville muse n'a pas inspiré seulement le cinéaste américain Curtiz (réalisateur du célèbre film), mais aussi les artistes locaux. « Casa, Casa, ya lwahch el meskoun alik n'ghani ou nbeki ou ngoul... » (« Casa, Casa, monstre hanté, c'est toi qui inspires mes chants, mes pleurs et mes mots) », chantent aussi les Darga, autre groupe fusion également au menu de cette première édition. Tout en faisant voyager à travers le monde, avec le reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly, Wyclef Jean ou la star libanaise Elissa, la programmation musicale n'en fait pas moins la part belle aux artistes locaux, des mythiques Nass El Ghiwane à Jil Jilala en passant par Rouicha et Hajja Hamdaouia, sans oublier la relève.
Selon quels critères a été concoctée cette affiche pour le moins éclectique ? « On a commencé par oublier le bon goût officiel pour revenir à ce qu'aiment les gens, ce qui les fait danser, chanter chez eux, et nous avons porté ça dans la rue », explique Réda Allali, par ailleurs conseiller artistique musical de cette première édition. Nous avons voulu créer une ambiance conviviale dans une ville où les gens ne sont pas très à l'aise dehors. Et pour attirer les familles, il faut programmer Rouicha, Stati, Hajja Hamdaouia. »
Attirer les familles dans les rues d'une ville réputée peu sûre, d'autant plus que les attentats du 16 mai 2003 sont encore présents dans les mémoires, relevait du défi. Et il fut relevé haut la main puisque deux millions de spectateurs, soit un tiers des habitants de Casablanca, ont répondu présent à cette première édition, avec des pics du côté de la scène de Sidi Bernoussi. 170 000 fanatiques de raï se sont amassés devant le plateau dressé dans ce faubourg plus que modeste, à deux pas des banlieues miséreuses où ont grandi les kamikazes du 16 mai, pour s'y déchaîner sur les rythmes de Cheb Bilal.
Ne se limitant pas à la musique, le festival a accordé une place importante à l'art urbain et au cinéma. Outre le Lynx, une salle de quartier mythique, des écrans ont été installés dans deux lieux inattendus : la plage Lalla-Meryem, créant ainsi le premier « ciné-plage » du Maroc, et au parc de l'Hermitage, révélant combien ce jardin, récemment réhabilité par l'association La source du Lion, a encore cruellement besoin de verdure. Et si « développer l'esthétique et mettre en valeur certains lieux à travers l'art » est, selon Nawal Slaoui, commissaire des expositions, l'objet même de l'art urbain, les adeptes de cette discipline ne devraient pas manquer d'inspiration à Casablanca.
Pour sa première édition, le festival, qui ambitionne de faire de l'art urbain une de ses composantes phares, a choisi d'intervenir précisément sur le phare de la ville. Pourquoi cet ouvrage ? « D'abord, il se trouve à proximité de la cité d'el-Hank, un coin qui a été tabou pendant plusieurs années. Les Casablancais ont voulu occulter ce site parce qu'il se trouve à proximité du refuge où l'on isolait les lépreux et les fous. Ensuite, le phare est un monument magnifique dont les Casablancais se détournaient, et il fallait les amener à le regarder de nouveau », estime Nawal Slaoui. À cette fin, elle a commandé au plasticien Mohamed Abouelouakar une toile pour habiller la tour du phare (51 m) et a fait appel aux membres de l'association de quartier Manar el-Hank, qui ont peint à la main la base cylindrique du monument. Le but ? « Qu'au-delà de "voir" le phare, les promeneurs se mettent à le regarder et à entretenir la mémoire historique de la ville. Car si Casa existe, c'est grâce au port, et si le port existe, c'est grâce au phare », poursuit cette ancienne galeriste.
Autre volet de la discipline « Art urbain », une exposition photographique itinérante intitulée « Ana bidawi, ana bidawia » (« Je suis Casablancais, je suis Casablancaise »). Dans le cadre de ce projet, 300 photos réalisées par cinq artistes casablancais ont été exposées sur une cinquantaine de bus. « L'idée étant que ces photos circulent et soient vues par un maximum de personnes dans l'ensemble des quartiers et des banlieues », explique Nawal Slaoui. C'est ainsi que les Bidawas ont découvert sur les vitres des bus le Casa résolument urbain et quasi new-yorkais des clichés de Pascale de la Orden. Sur les images signées Maria Karim, c'est davantage une ville sans cesse en mouvement qui surgit. L'objectif de Saâd A. Tazi s'est, lui, attaché à sublimer la beauté graphique de Casablanca tandis que Khalil Nemmaoui et Lamia Naji ont cherché à montrer les émotions des cinq millions d'âmes qui la peuplent.
Dans un même esprit, « Portraits de Casablancais », l'une des nombreuses thématiques de la programmation cinématographique, fait le lien avec « Ana bidawi, ana bidawia », comme l'explique Ali Hajji, codirecteur délégué du festival. Ce panorama comporte six films disséquant notamment le Casablanca d'en haut (Marock, de Laïla Marrakchi), d'en bas (Ali Zaoua, de Nabil Ayouch, ou À Casablanca, les anges ne volent pas, de Mohamed Asli), voire même l'improbable mariage hollywoodien des deux dans Bandits, de Saïd Naciri. L'idée était de « montrer Casablanca aux Casablancais en tenant compte de la diversité et des problématiques différentes », explique Ali Hajji.
Tout le dilemme des programmateurs était d'attirer un public non seulement divers, qui va de « Madame Amrani et ses cinq enfants au gardien de parking », mais aussi réputé indomptable et enclin au débordement ! Préjugé que cette première édition aura eu, entre autres mérites, de faire taire.
MAROC - 30 août 2005- par Fadwa Miadi, Envoyée spéciale /Jeune Afrique l'intelligent Lire la suite...

Thursday, August 04, 2005

Le Marocain déprime en rigolant (Fouad Laroui)

Sur un banc de la gare de Madrid, où j’attends un train qui n’arrive pas, la conversation s’engage avec mes voisins d’infortune. Celui qui parle le plus se trouve être marocain. Il sourit de toutes ses dents, partage son sandwich avec nous et raconte des blagues dont il est le premier à rire. Les deux autres bonshommes restent de marbre. Et pour cause : l’un est chilien et l’autre thaïlandais, et ils n’entendent pas l’arabe mâtiné de tamazight que manie Rachid (appelons-le Rachid). Je fais de mon mieux pour traduire en espagnol et en anglais, mais, décidément, la blague du fqih et du chameau borgne n’est drôle qu’en dialecte marocain.
Tout de même, il y a quelque chose qui me turlupine. N’ai-je pas lu ce matin même dans El País que le Maroc est classé au cinquantième rang du bonheur après le Chili et la Thaïlande ? Alors pourquoi Rachid se gondole-t-il en gare d’Atocha, alors que Pedro et Pongpol font grise mine ? Globeco, la revue française « d’études stratégiques » qui a trouvé les sujets de M6 plus tristes que ceux de Sa Majesté Bhumibol, se serait-elle emmêlé les statistiques ? Du coup, je décide de faire une contre-expertise. Voyons l’Asiatique.

« Everything all right, Pongpol ? »

Il me regarde d’un air torve. Non, rien n’est all right. Le crédit que lui a accordé la Krung Thai Bank pour ouvrir un restau à Madrid s’avère très onéreux, sa BMW est au garage, son appart’ sur la Castellana est trop grand et sa femme le ruine en parfums. Je me tourne vers le Chilien.

« Pedro, todo bien ? »

Todo pas bien du tout ! Ses vacances aux Seychelles tombent à l’eau (ha, ha), sa chaîne hi-fi est kaput, sa petite amie lui fait la tronche et le prix des cigarettes a encore augmenté. Je me tourne vers le Rifain rigolard qui anticipe ma question.

« Tout va très bien, mon frère. J’ai franchi le Détroit sous la bâche d’un camion. Je n’ai pas mangé pendant deux jours. Non, je ne connais personne ici. Je n’ai pas le sou. Pas de papiers, rien. Alors qu’est-ce qui peut m’arriver de pire ? Tout va bien. Demain, je vais chercher du travail. Dans un an, je serai riche. Inch’allah. »

Et il me tend quelques dattes et des graines de potiron grillées.

Finalement, le classement de Globeco a du bon : il suffit de le tenir à l’envers. Il y a fort à parier que le PDG norvégien surmené, effondré à l’arrière de sa Lexus-avec-chauffeur, en route vers l’infarctus ou la dépression, a moins d’occasions de rigoler que mon ami Rachid sur son banc public au pays de Cervantès… Lire la suite...

Thursday, April 14, 2005


"Upon the same ground...
Under the same light"
 Posted by Hello Lire la suite...