Friday, December 30, 2005

Happy new year to everybody





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Sunday, December 18, 2005

a new era begins??...watch the dancing robots



Take a look @ this sony video!!!
Really impressive to see how these robots move...and dance :-)

ps:what u think, funny, exciting or...frightening?? Lire la suite...

Sunday, December 11, 2005

A Windsurfer named "Boujem3a Guilloul"


D'u know about Boujemaa Guilloul??U should :-)
Born in 84 in Swira, nowadays he's an international promising windsurfer!!!

Check on title link one of his Videos (be really patient when loading).

Source: "http://www.boujemaaguilloul.com" Lire la suite...

Tuesday, November 22, 2005

Conférence de Quitana-Murci



ça vous interesserais d'en savoir un peu plus sur les moyens qu'utilise la science pour comprendre notre histoire à tous??ou comment utiliser les techniques de biologie moléculaire pour étudier les origines de l'homme!!!

Voici une conférence qui a eu lieu à paris, elle a été filmé pour "cité-sciences"
Utilisez le lien (dans le titre), puis cliquez sur le petit lien video (la bobine de film - Il faut avoir RealPlayer) Lire la suite...

Sunday, November 20, 2005

A new start for me, pass another door 2 c

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Monday, October 31, 2005

Sachez que vous ne nous faites pas peur.

• Sachez que vous ne nous faites pas peur. Vous avez entre vos mains un état, une puissance formidable contre laquelle nous ne pouvons rien. Nous n'avons, pour notre part, que notre liberté d'écrire. En attendant que vous nous l'ôtiez tout à fait, sachez que nous en userons jusqu'au bout. Que nous continuerons à vous confondre, semaine après semaine. Que nous continuerons à vous mettre face à vos responsabilités, et à laisser le public vous juger. Il n'a déjà pas une opinion flatteuse de vous, mais continuez comme ça… Très vite, vous deviendrez les égaux d'un Driss Basri - votre maître hier, l'homme qui vous a tout appris, et que vous traînez lâchement dans la boue aujourd'hui.

• Sachez que vous faites reculer le Maroc. Et que vous ne faites que saboter ce roi que vous prétendez servir. Mohammed VI s'échine à trouver des solutions pour faire avancer son peuple et améliorer l'image du Maroc dans le monde. Avec plus ou moins de bonheur, mais lui, en tout cas, essaye de faire avancer les choses. Pendant ce temps, vous les faites reculer. En août, TelQuel avait titré sur les “100 raisons d'être optimiste pour le Maroc”. Elles sont toujours valables. Mais il y a aussi des raisons d'être pessimiste. Votre présence au pouvoir est au sommet de ces raisons.

• Et puisque nous parlons de TelQuel, allons-y franchement. Hlima Assali et Touria Bouabid, vous le savez bien, ne sont que des fétus de paille, des plaignantes-prétextes dont vous instrumentalisez la soif de justice (légitime) pour servir vos petits calculs (que vous croyez être de la grande politique). Au fond, ce que vous reprochez à la presse indépendante en général, et à TelQuel en particulier, c'est de ne pas être à votre botte. Oui, nous vous attaquons très souvent. Et vous le méritez. Oui, nous avons publié le salaire du roi. Et nous en sommes fiers. Oui, nous avons écrit que le roi avait besoin d'un conseiller en communication. Et nous le maintenons. Mais nous avons aussi écrit que la Moudawana, œuvre royale, était une avancée capitale. Et ça aussi, nous le maintenons. Nous avons écrit que le roi a rendu justice aux Amazighs. Et ça aussi, nous le maintenons. Nous avons écrit que l'IER, ou les grands chantiers comme Tanger Med, étaient une bouffée d'oxygène pour le Maroc. Et ça aussi, nous le maintenons. Comme nous maintenons, ne vous en déplaise, notre ligne éditoriale : souligner, avec plaisir, toutes les avancées ; critiquer, avec force, tous les reculs. Nous pourrions, dans un élan de vengeance contre votre acharnement, devenir des opposants acharnés et obstinés, “nous payer le système” sans nuances, toutes les semaines. Mais nous ne vous ferons pas ce plaisir. Notre force, c'est notre crédibilité, et notre sens de l'équilibre.
Aucun procès ne nous y fera renoncer.

Comptez sur nous, Messieurs, pour ne pas rester silencieux face à votre hold-up sur la démocratie. Vous avez l'état, la justice et la police entre vos mains. Nous avons notre bonne foi, et le soutien de tous les hommes et les femmes de bonne volonté. Nous ne cèderons pas. Nous nous battrons.

Ahmed Reda Benchemsi Lire la suite...

Wednesday, September 28, 2005

Afef Jnifen au Parlement italien ?



Après ses prises de position contre la xénophobie, l'ex-mannequin d'origine tunisienne est courtisé par la classe politique de la péninsule.
D'une beauté éblouissante, Afef Jnifen est à 41 ans le clou des soirées de la haute société italienne. Quoi de plus normal, pourrait-on dire, s'agissant d'un ex-mannequin que les grands couturiers comme Alaïa, Armani, Jean-Paul Gaultier ou Cavalli s'arrachaient et dont la silhouette court les magazines de mode ? De surcroît, elle anime des émissions de télévision et, ce qui ne gâche rien, elle est l'épouse de Marco Tronchetti Provera, l'entreprenant président de Telecom Italia et de Pirelli.

Mais il a suffi que la jeune femme d'origine tunisienne tienne des propos suggérant qu'elle pourrait entrer en politique pour qu'elle fasse la une des journaux et que les partis italiens, hormis ceux d'extrême droite, se disputent sa candidature pour les législatives prévues en 2006.
Jusque-là, celle que ses compatriotes italiens appellent par son prénom ne touchait à la politique que lors des débats télévisés autour de l'émigration auxquels elle est souvent conviée. « Je sais que je ne suis pas une émigrée ordinaire, a expliqué Afef à J.A.I. Je faisais partie du monde un peu frivole de la mode et de la télévision, mais mon éducation a fait que je suis très sensible aux problèmes des autres. » La Croix-Rouge italienne l'a nommée « ambassadrice pour la paix » et elle soutient une autre association humanitaire qui se charge de porter secours aux enfants en danger.
Pour défendre ses idées, Afef Jnifen se sert de sa notoriété en Italie : c'est la première fois dans l'histoire du pays qu'une jeune femme d'origine arabe y a acquis la célébrité comme mannequin et animatrice de télévision. Charismatique, intelligente, réputée pour sa forte personnalité, elle s'élève, à la télévision ou dans les journaux, contre la montée de la xénophobie et du racisme en Italie, notamment à l'égard des musulmans. Elle veut contribuer à une meilleure connaissance mutuelle entre les religions et appelle à la tolérance. Pour reprendre les mots du cinéaste italien Franco Zeffirelli dans le Corriere della Sera, Afef essaie de « construire un pont d'amitié et de compréhension ». Elle donne souvent aux Italiens leur propre exemple en matière d'émigration et les met en garde contre le mal de la généralisation qui consiste à juger un peuple à partir des méfaits de quelques-uns : « Vous avez été maltraités quand vous vous êtes installés ailleurs. En Amérique, vous avez amené avec vous la mafia, mais cela ne voulait pas dire que les Italiens étaient tous des mafieux. »
Afef Jnifen est choquée par les écrits de l'écrivain-journaliste Oriana Fallaci qui mène une campagne haineuse contre l'Islam, estimant que la présence des musulmans menace de transformer l'Europe en « Eurabia ». Et lorsque Marcello Pera, président du Sénat, exprime publiquement son accord avec les idées de Fallaci, Afef explose. Pera est en effet le numéro deux de l'État italien après le président de la République, dont il assurerait l'intérim en cas d'empêchement.
En septembre 2004, au cours d'un débat télévisé auquel elle participe avec Pera, elle lui dit publiquement qu'elle est outrée par ses positions. « Le lendemain, j'ai reçu un grand bouquet de fleurs avec les compliments du président du Sénat, raconte-t-elle. Ce jour-là, je me suis dit qu'il avait peut-être compris. » Mais, voilà, Pera, membre du parti Forza Italia de Silvio Berlusconi, récidive au mois d'août dernier et prononce à nouveau un discours islamophobe au meeting international de Rimini, dont le thème est pourtant « Pour l'amitié entre les peuples ». Il affirme que l'Europe est « menacée de métissage, notamment par l'immigration musulmane ».
Quelques jours plus tard, dans une interview au journal La Stampa, Afef lui répond ainsi : « Métissage ? Mon fils [né d'un premier mariage avec un avocat italien] et bon nombre d'Italiens comme lui sont des métis. Que va-t-on faire de tous ces métis en Italie et dans le monde ? Les jeter à la mer ?... »
Le 29 août, Afef est l'invitée d'honneur de la kermesse annuelle du parti centriste Union des démocrates pour l'Europe (Udeur) aux côtés du ministre des Affaires étrangères Gianfranco Fini et de l'ancien Premier ministre Giuliano Amato. Par solidarité, la foule l'accueille avec des pancartes portant l'inscription : « Nous sommes tous des métis ! » Dans la chaleur de la kermesse, Clemente Mastella, président de l'Udeur, exprime le souhait de voir Afef se présenter sous les couleurs de son parti aux élections de 2006. Elle répond : « Ce serait une bonne idée. » Et lorsqu'un autre dirigeant ajoute qu'il la verrait bien présidente du Sénat, elle reprend le fameux mot de Pera en disant : « Pourquoi pas ? Le Parlement deviendrait ainsi métis. »
Le lendemain, la presse titre « Afef entre en politique » ou « Afef contre Fallaci ». Après le coup médiatique de l'Udeur, les dirigeants des autres partis politiques du pays appellent Afef pour lui proposer de se présenter sur leurs listes. Opportuniste, le Premier ministre Berlusconi lui téléphone personnellement. : « Il m'a dit : "Je suis d'accord avec ce que vous faites. J'ai beaucoup d'admiration pour votre intelligence. Demain, je reçois le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. J'aimerais vous présenter et vous demander ce qu'on pourrait faire avec le monde arabe". »
Le lendemain, 2 septembre, Afef arrive à bord de son Alfa Romeo bleue au palais Chigi où elle prend le petit déjeuner avec Berlusconi et Erdogan. La presse y voit la confirmation de son engagement aux côtés du chef du gouvernement.
En fait, pour le moment, elle se contente d'être la « conseillère technique » de plusieurs partis politiques, à gauche comme à droite. « Allez-vous entrer pour de bon en politique ? lui avons-nous demandé. Pas maintenant, on verra l'évolution de la situation en Italie, répond Afef. Ce qui est sûr, c'est que je ne ferai rien sans l'autorisation de mon mari. » Et elle ajoute malicieusement, comme pour chatouiller davantage son adversaire, le président du Sénat : « Et si la politique m'appelle, je suis décidée à rendre le Parlement métis ! »

Italie - 18 septembre 2005- par Abdelaziz Barrouhi
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Friday, September 16, 2005


A Guardian article: "8 ways to change the world"..... Posted by Picasa Lire la suite...

"Reginaldo Ferraira de Silva - Il invente la littérature périphérique"

Repost à la demande générale :-)

Reginaldo Ferreira da Silva, dit Ferréz, 29 ans, écrivain, rappeur, provocateur. Fils d’un mécanicien et d’une employée de maison, il vit dans une favela de São Paulo. Ses romans, écrits dans un langage qui n’appartient qu’à lui, en ont fait un véritable auteur à succès au Brésil.

DE SÃO PAULO
Il est grand, gros et politiquement très incorrect, a beaucoup de charisme, est provocateur, poète… et rappeur. Il s’agit de Ferréz, 29 ans, qui vit à Capão Redonda (la favela la plus dangereuse de São Paulo) et parcourt le pays avec une énorme valise blanche. C’est un auteur à succès qui signe ses livres dans les grandes galeries commerciales ou les foires littéraires internationales, et un habitué des émissions de MTV. Cela ne l’empêche pas de continuer à vendre ses ouvrages de la main à la main en les sortant de sa valise magique. “Je suis un trafiquant de livres”, lance-t-il avec cet aplomb qui lui vaut de nouveaux fans partout où il va.
Paulo Lins, l’auteur de La Cité de Dieu (roman sorti en 1997 et adapté au cinéma par Fernando Meirelles et Katia Lund en 2002), peut dormir tranquille : il a, pour son trône de roi de la littérature marginale, un héritier digne de ce nom. Ferréz, qui n’a pas son pareil pour jongler avec les jargons malsonnants de la périphérie, est devenu un véritable phénomène mondial. A São Paulo, les gens portent des tee-shirts où s’étale sa prose. Et, comme il a la peau blanche, les critiques dont il bombarde la classe moyenne font encore plus mal. “Je vais en finir avec l’archétype du ‘Noir des favelas’. La pauvreté n’a pas de couleur”, déclare-t-il. Derrière ce parleur insolent se cache une plume contemporaine. Un calligraphe autodidacte et visionnaire, tout juste pourvu d’une éducation primaire. “Je n’ai aucune éducation littéraire. Mes plus grandes influences sont la bande dessinée, le hip-hop et la rue. Presque tous mes amis d’enfance ont été assassinés. Cela ne te suffit pas, comme formation ?” Sur un mode où se mêlent l’anecdote et l’épopée, il raconte son premier contact avec la littérature. “Je suis tombé sur une caisse pleine de livres chez un ami, dans ma favela. Personne ne savait ce qu’elle faisait là. J’ai commencé à lire en choisissant les ouvrages en fonction du dessin de la couverture.” C’est ainsi qu’il fait connaissance avec Herman Hesse (sa grande idole littéraire), Flaubert, John Fante et Charles Bukowski.
L’hétérogénéité de ses sources d’inspiration explique sans doute que les tableaux des favelas de São Paulo que brosse Ferréz dans ses deux romans, Capão pecado (éd. Labortexto, 2000) et Manual prático do odio (Editora Objetiva, 2003), soient à la fois sordides et empreints de lyrisme. Mais aussi de fraîcheur : les dialogues sont vivants et crédibles. “Je voulais faire une littérature qui parle de nous, de la zone Sud – une réalité que peu de gens connaissent”, souligne Ferréz. Sa façon de s’exprimer, en employant une giria (jargon) qui ne figure dans aucun dictionnaire, révèle une personnalité forgée dans des sous-sols urbains pestilentiels. “Dans mon quartier, le mot le plus vulgaire qu’on puisse prononcer est ‘chômage’”, précise-t-il. Ferréz, fervent promoteur du rap, a écrit des chansons pour des groupes aussi populaires que Facação, Central, Realidade urbana et Conceito moral. Il s’essaie également à ce que certains ont qualifié de “poésie hip-hop” – des vers incendiaires sur le quotidien de la périphérie, cuisinés aux rythmes de rap. Son album Determinação, auquel ont participé Chico César et Arnaldo Antunes, résume ses expérimentations littéraires et musicales. “Je pense que le hip-hop joue dans notre société le même rôle que les conteurs en Afrique ou en Asie. C’est une nouvelle forme de communication orale”, estime-t-il. Notre écrivain est un ennemi déclaré de la “musique populaire brésilienne”, connue au Brésil sous le nom de MPB. “J’en ai assez que l’on associe le rap à la violence”, poursuit-il. Fait-il de la littérature marginale ? “Marginale ? Je n’aime pas cette étiquette, répond-il. J’ai l’impression qu’au Brésil c’est plutôt l’élite, qui se déplace avec des gardes du corps dans des voitures blindées, qui est marginalisée. Je préfère parler de littérature périphérique.”
Bernardo Gutiérrez
source:La Vanguardia
Post du 14Mai2005
j'attends les comments
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Thursday, September 15, 2005

La Clef des songes, Magritte 1930.






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"La fameuse pipe...me l'a t-on assez reprochée!!Et pourtant...pouvez-vous la bourrer ma pipe? Non, n'est ce pas, elle n'est qu'une représentation.Donc si j'avais écrit sous mon tableau 'ceci est une pipe' j'aurais menti!" (René Magritte dans une interview en 1966). Magritte montre que toute image n'est qu'abstraction pure; sa formule d'image et de texte d'une grande simplicité relativise la réalité des images en soi./ source:Notice de salle (expo à la Fondation Beyeler à Bâle) - rédaction:Raphaël Bouvier Posted by Picasa Lire la suite...

1st AudioPost..pity 4 the sound!!!to improve

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"Smile M*********** smile" Lire la suite...
Rabbin au resto.Last part Posted by Picasa
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Rabbin au resto (img 7-8) Posted by Picasa
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Rabbin au resto (5-6) Posted by Picasa
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Encore un extrait de la meme BD...here an interesting satirical situation...in 2parts
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Extrait de la BD "Le chat du rabbin" 3.L'exode de Joann Sfar au passage :-) Posted by Picasa
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"De 740 à 1200, de Bagdad à Cordoue, le foisonnement culturel et l’amour de la vie forçaient le destin."

De 740 à 1200, de Bagdad à Cordoue, d’Abou Nawas à Ibn Rochd, un vent de liberté a soufflé sur le monde musulman. Les pouvoirs n’étaient pas plus libéraux qu’aujourd’hui, mais le foisonnement culturel et l’amour de la vie forçaient le destin.

Un million d’habitants, 70.000 juifs, des salons littéraires où l’on se déclare ouvertement impie, une vie nocturne mouvementée, des houris et éphèbes dans des maisons offertes à la luxure, des tavernes où le vin coule à flot… Où sommes-nous ? A Bagdad, à fin du VIIIème siècle (IIème de l’hégire). Treize siècles plus tard, on en est vraiment loin. à l’époque, Bagdad, à peine récupérée par la dynastie des Abbassides, est en ébullition. Dans le métissage qu'offre la ville médiévale, de plus en plus de poètes et de philosophes, quoique musulmans dans l’âme, prônent le droit de "disposer librement de leur corps et de leur esprit". Une longue tradition de libertins est née. Une histoire tortueuse s’ensuit. La parenthèse ne sera refermée définitivement qu’au XIIIème siècle, à l’autre bout du monde musulman, à Cordoue précisément, sous l’impulsion de fuqaha orthodoxes, relayés par la bigoterie des Almohades à Marrakech. En tentant, sept siècles plus tard, de revisiter cette parenthèse de scepticisme et de liberté, le philosophe égyptien Abderrahmane Badaoui s’est voulu optimiste : "Les mouvements sunnites et salafistes prennent la religion au mot. Ils constituent des moments de crise dans la vie spirituelle des musulmans. Dès que la communauté s’en sera débarrassée, elle pourra reprendre son évolution normale". Ce n’est pas encore le cas. Mais rien ne nous empêche, comme lui, de revisiter cette période où des individus libres ont bravé les interdits, profité parfois d’îlots de tolérance ou subi les pires persécutions. "Si tout cela a été possible à l’avénement des Abbassides, c’est parce qu’il y a eu d’un côté l'émergence d'un art d'écrire, voire de transgresser et, de l'autre, un laisser-faire des politiques qui ne cédaient pas toujours à la pression des fuqaha", estime l’écrivain Abdelfattah Kilito. Nous sommes, alors, à une époque où tout est encore possible. Les Omeyyades viennent d’être chassés du califat. L’alliance des mécontents fait arriver, pour la première fois des Perses aux postes de pouvoir. Il s’ensuit un métissage ethnique et intellectuel sans précédent. Bref, le cadre est adéquat pour la liberté de pensée. Libertin de la première heure, le poète Bachar Ibn Burd est l’exemple même du Perse pro-arabe. Il reçoit des femmes chez lui deux fois par semaine pour leur lire ses poèmes réputés sages et impudiques à la fois, évoquant leur intimité tout en flattant leurs sens. "à l’époque, même à Médine et à la Mecque, bastions de la vie religieuse, les odes à l'amour d’un Omar Ibn Abi Rabia, sont déclamées dans l’enceinte de la mosquée par un grand exégète du Coran", rapporte Driss Belmlih, spécialiste de la littérature abbasside. à Bassora, il y a alors un souk permanent où les plaisirs de la chair et du palais sont exposés au public. Les califes, des despotes éclairés, soufflent tout de même le chaud et le froid. Al Mahdi, par exemple, nomme un certain Abdeljabbar, vigile de l’orthodoxie religieuse contre les hérétiques. Il mène la vie dure aux écrivains qui se déclarent ouvertement immoraux. Son successeur Al Amine, en revanche, reçoit dans sa cour le plus subversif des poètes, Abou Nawas. Celui-ci y loue "la luxure comme mode de vie festif auquel tout le monde a accès". Le vin, l’éloge de l’homosexualité, tout y passe dans un langage plaisant. Mais tous les sérails n’ont pas la même tolérance à l’égard des écrivains à la moralité ou à la croyance douteuses. Ainsi en est-il d’Ibn Al Mouqaffaa, mazdéen converti à l’islam malgré lui. Même s’il juge dans ses écrits l’autorité religieuse arbitraire, il met ses opinions en sourdine. Son problème était de sortir indemne de la compagnie du prince. Nous sommes au milieu du IXème siècle. Un foisonnement culturel est initié à Bagdad par le calife Al Mamoun. En créant Dar Al Hikma (Maison de la sagesse, composée d'une bibliothèque et d'un centre de traduction), il permet un accès plus facile aux cultures persane et grecque. La porte est grande ouverte pour des débats sans fin sur l’unicité de Dieu, la genèse du monde et bien d’autres problématiques de haute volée. Mais face aux politiques qui ouvraient les portes de la culture, les oulémas veillaient au grain. "Même si les écrivains les plus athées voulaient braver les interdits, ils cherchaient souvent le meilleur moyen de s'en sortir sains et saufs", explique l’orientaliste Léo Strauss. Prenons le cas du philosophe muâtazilite Al Jahidh. Il écrivait toujours ses textes en forme de dialogues pour ne pas être pris au mot. Le philosophe Al Farabi, quoique rationaliste, ne disait-il pas que "la conformité avec les opinions de la communauté religieuse dans laquelle on a été élevé est une qualité indispensable pour la survie du futur philosophe ?" Mais tous les penseurs libres n’étaient pas aussi prudents. Ibn Riwandi, théologien et muâtazilite radical, pour ne citer que lui, n’y va pas par quatre chemins. Vers 860, il rejette ouvertement la révélation divine et refuse qu’un prophète, Mohamed en l’occurrence, veille par ses enseignements sur l’organisation de la société. Résultat, il est attaqué et persécuté par ses contemporains. Ses livres disparaissent subitement de la circulation. Trente ans plus tard, Sarkhassi, un élève du philosophe perse Al Kindi, est emprisonné puis tué en prison par le calife Moâtadid. Quel a été son tort ? Il faisait partie des épicuriens qui croyaient en Dieu et non en ses messagers. Pour lui, "Mohamed est un mythomane". Ces répressions n’ont pas empêché Mouhiedine Arrazi, penseur et médecin, de s’exprimer aussi ouvertement. Classé par Abderrahmane Badaoui parmi les athées de l’époque, il écrit, sans détours, que "la raison est l’unique lumière qui nous éclaire", que "Dieu n’est pas le seul éternel puisque la matière l’est aussi" et que "l’homme ne peut accepter de tutelle extérieure puisque sa réincarnation le renforce". Si Arrazi l'a échappé belle, Al Hallaj, lui, a subi la loi des gardiens de l’orthodoxie. Poète inclassable, il s’est placé hors de l’islam rituel et s'est positionné "new age" avant l'heure (pour lui Dieu est en chacun de nous et non dans les textes). Résultat ? Il a été décapité. Au Xème siècle, cette fin tragique est une exception dans l’univers des poètes. Ces derniers, quoique traités de zanadiqa (hérétiques) semblent plutôt tolérés. Aboul’âlaa Al Maari a beau s’en prendre aux oulémas, faisant d’eux les responsables de l’ignorance et de la corruption, il s’en sort indemne. Un certain Ibn Ouqaïl a beau le taxer de poète "ouvertement athée et secrètement musulman", le stoïque de Maara continuera son petit bonhomme de chemin. "Si les auteurs passaient entre les mailles du filet, explique Kilito, c’est parce qu’ils avaient un art d’écrire, par allusion, par distorsion de style, en disant la chose et son contraire". Ceci est tout aussi vrai pour Ibn Hazm. Ce poète aristocrate, libre, qui vivait à Cordoue, parmi les femmes, chantant leur amour et la beauté de leurs atours, avait également l’art de ne pas dire ouvertement tout ce qu’il pense. Il a écrit, certes, un poème qui lui a valu une grande polémique. Il y dit : "jusqu’au ciel, me dit-on, crois-tu arriver ? / Oui, une échelle y monte et j’ai su la trouver". Mais notre homme a l’art de cacher sa liberté de pensée. Il distingue, selon André Miquel, trois catégories de sceptiques. "Ceux qui doutent et préservent le fait religieux. Ceux qui doutent de tout sauf du Créateur. Et ceux qui ménagent autant Dieu que le prophète". Omar Khayyam, lui, doute tout court. Il trouve son plaisir dans sa capacité à tordre le cou aux idées convenues : "S’il existait un enfer pour les amoureux et les buveurs, le paradis serait désert", écrit-il comme pour inverser les valeurs édictées par les dévots. L’astronome perse a traversé la vie en jouant à l’équilibriste entre croyance et jouissance. Il s’en sortira, à son tour, sans fracas. Cette licence faite aux poètes libertins, l’islamologue Dominique Urvoy lui trouve une explication plausible. "Contrairement à la prose, la poésie (vieille tradition arabe) appartient à la zandaqa, non à la pensée. Elle peut servir de support à des attaques nominales ou à l’expression d’exaspérations personnelles mais pas de base idéologique à un mode de réflexion". Tel n’est pas le cas des philosophes, le soufi Hamed Al Ghazali et le rationaliste Ibn Rochd, qui ont vécu en Andalousie au moment de son déclin. Le premier, quoique modéré, a vu brûler son livre initiatique, Al Mounqid Min Addalal (voyage dans le doute vers le soufisme), par le sultan almoravide Youssef Ibn Tachfine. Le second a vu des copies de ses manuscrits également brûlées suite à un conflit avec Abou al Abbas Sebti. Nous sommes alors à la fin du XIIème siècle. La fin d’une ère de liberté fluctuante. Le bûcher est allumé partout. Même à Bagdad. Envahi par les Mongols, le berceau des libertins musulmans a vu tout son patrimoine littéraire et livresque consumé et jeté dans l’Euphrate. Il ne s’en est jamais remis.

Post du 14Mai2005 0h36
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"Très peu de curiosité scientifique et apartheid sexiste dans le monde arabo-musulman d'aujourd'hui"

Cette incuriosité perdure. Le monde arabo-musulman reste l'endroit du monde où l'on traduit le moins de livres et où la recherche est quasi inexistante: «A l'heure actuelle, de nombreux pays asiatiques participent activement au développement scientifique, lequel n'est plus occidental, mais mondial. Hormis quelques enclaves occidentalisées et une poignée de chercheurs originaires du Moyen-Orient mais travaillant en Occident, la contribution de la région - telle qu'on peut la mesurer, par exemple, au nombre de publications dans des revues internationalement reconnues - fait pâle figure comparée à celle d'autres parties du monde non occidental ou, pis, comparée à son propre passé.»

L'apartheid sexiste constitue pour Bernard Lewis l'autre drame. Les rares émissaires envoyés dans les capitales européennes rapportaient il y a déjà plusieurs siècles leur choc devant les égards masculins pour ces femmes des cours royales non seulement visibles, mais ayant le droit de parler et de circuler. On oublie souvent que, pour l'Islam, la femme est non seulement inférieure à l'homme, mais aussi aux enfants mâles. Rappelant qu'en 1867 le progressiste turc Namik Kemal notait que le monde musulman était comme «un corps humain paralysé d'un côté», Bernard Lewis ajoute: «La relégation des femmes à un statut d'infériorité non seulement prive le monde musulman des talents et des énergies de la moitié de sa population, mais encore confie l'éducation, à un âge crucial, de l'autre moitié à des mères analphabètes et opprimées. Une telle éducation, dit-on, produit des individus arrogants ou soumis, en tout cas inaptes à la vie dans une société libre et ouverte.» Mais il reste optimiste, en rappelant qu'il n'y a pas si longtemps la charia reléguait dans la même sous-humanité les esclaves, les non-musulmans et les femmes: «Abolir l'esclavage relevait quasiment de l'inconcevable. Interdire ce que Dieu permet est un crime presque aussi grand que permettre ce qu'il interdit.» Or, ce que l'Islam a fait avec l'esclavage, il peut le faire avec les femmes.
«C'est le manque de liberté qui est à la base des maux dont souffre le monde musulman», assure Bernard Lewis, mais sans conclure. En 1976, quelques années avant la révolution iranienne, il avait pronostiqué l'actualité de deux voies possibles: le retour à l'origine des textes contre la modernité ou la révolution démocratique sur le modèle turc, qui témoigne, depuis près d'un siècle, que cela est possible mais lent et difficile, sa signification restant problématique: cette démocratie fragile, dépendant encore de l'éthique de son armée, constitue pour nombre de pays musulmans moins un modèle qu'une trahison.


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Wednesday, September 14, 2005

Interview Abdellah Taïa : les corps écrits (Extraits)







(interview proposée par Booya)
Dans les sociétés arabes, on ne peut pas échapper à la sexualité de l'autre", remarque Abdellah Taïa. Lui qui a vécu son enfance dans une famille nombreuse de Salé, il raconte un quotidien où l'imaginaire religieux vient se mêler aux désirs du corps, puis la montée à Paris et la prise de conscience du chemin à parcourir pour devenir soi.

Fluctuat.net : Comment vous est venue l'envie d'écrire et qui plus est, d'écrire en français alors que l'arabe est votre langue maternelle ?

Abdellah Taïa : Je n'ai jamais rêvé de devenir écrivain. C'est quelque chose qui m'est tombé du ciel, qui s'est emparé de moi. C'est le cinéma qui m'a amené à l'écriture. Enfant et adolescent, il m'obsédait jour et nuit. Je collectionnais les photos des acteurs, des réalisateurs et je rêvais de devenir réalisateur. Deux ans avant le bac, j'ai écrit à la Fémis pour savoir comment passer le concours. L'école m'a répondu qu'il fallait avoir le Deug. Alors, je me suis dit, puisqu'un jour, je vais aller en France, puisqu'un jour, je vais passer ce concours et qu'un jour, je vais devenir réalisateur, autant approfondir mes connaissances en langue française. J'appartiens à une famille pauvre, sans moyens, si ce n'est peut-être des moyens intellectuels, en tout cas l'envie d'avoir des moyens intellectuels. Je n'avais pas fait mes études dans les écoles ou les lycées français qui sont réservés aux gens riches. Je venais de l'école publique où le français qu'on nous enseigne n'est pas suffisamment bon. J'étais incapable d'écrire correctement ou bien de développer une idée. Tout de suite, en arrivant en fac à Rabat, au contact des autres étudiants qui venaient des lycées français, je me suis rendu compte que j'avais énormément de lacunes. J'avais le choix. Soit abandonner le français et en même temps le rêve du cinéma, soit m'accrocher. Ce que j'ai décidé de faire. J'ai donc banni la langue arabe. Définitivement. Je ne lisais plus en arabe. Je ne parlais plus arabe qu'avec ma famille. Et le français est devenu ma priorité, mais aussi la langue avec laquelle j'entrais en conflit. Parce que c'est une langue qui est contrôlée et qui a été conquise seulement par les gens riches du Maroc qui, pour installer une différence entre eux et le reste des Marocains, parlent en français. J'ai toujours ressenti ça comme une agression, comme quelque chose de traumatisant, qui me rappelait en permanence à quel point j'étais inférieur par rapport à ces gens-là, que je ne serais jamais comme eux qui peuvent s'exprimer dans une langue que la plupart des Marocains ne peuvent pas comprendre, de façon profonde en tout cas. Même après, quand je commençais à m'intéresser plus sérieusement au français, ce sentiment de conflit, ce sentiment que ce n'était pas ma langue, que c'était quelque chose qui était d'ordre intellectuel, qui ne m'appartient pas et qui ne m'appartiendra jamais complètement, est resté. J'ai parfois un sentiment de révolte. Parce que, pour moi, c'était une humiliation permanente en langue française. Mon humiliation ! Par des gens qui croyaient que le Maroc leur appartenait. Je le ressentais de façon très violente. Et je pense que l'humiliation est un moteur qui incite à créer. Tout ça n'était pas conscient de ma part. C'est a posteriori que je me fais cette réflexion-là.

Mais maintenant, ce sentiment-là s'est un peu apaisé, non ? Vous prenez du plaisir à écrire en français ?
À la fac, j'ai décidé de tenir un journal intime en langue française où j'écrivais tout ce qui se passait dans ma vie, tous les films que je voyais. Petit à petit, ce journal s'est transformé en quelque chose de plus construit, sans que je le décide. Je me suis aperçu que j'écrivais ma vie sous forme de petits textes. L'écriture a commencé en moi, sans même que je m'en rende compte. Dans l'acte d'écrire, il y a un plaisir, mais il y a aussi un conflit. Ce sentiment que je ressentais à ce premier contact à la langue française quand j'étais enfant et adolescent, me reste. Rien n'est acquis.

À Salé, votre ville natale, vous aviez accès au cinéma ?
C'est ça qui est formidable ! Même élevé au rang d'art, le cinéma est resté un art très populaire. Encore aujourd'hui, au Maroc, il y a des cinémas où l'on ne va pas voir tel ou tel film, on y va pour la salle, la réaction du public, et aussi les engueulades avec le projectionniste qui coupe les scènes de baiser ou les scènes de sexe. Alors que ce qui se passe de sexuel à l'intérieur même de la salle de cinéma est incroyable. Il y aussi les disputes, la drague, la consommation de haschich ! Cette fête, ça a été mon premier contact avec le cinéma. Les films qu'on projetait dans les salles de mon enfance étaient des films indiens et des films de karaté. Parallèlement, il y avait des merveilles cinématographiques qui atterrissaient là par je ne sais quel accident. Il était une fois en Amérique, Il était une fois dans l'Ouest de Leone, Rendez-vous de Téchiné, Bertolucci, Bunuel - Le Charme discret de la Bourgeoisie - juste après un film de Bruce Lee, même un film de Satyajit Ray, Le Salon de musique. C'est inouï ! Évidemment, à l'époque, je n'avais aucune capacité pour mesurer la différence entre un film de Satyajit Ray et un film de Bruce Lee. Mais, dans ma tête, comme il y avait une sorte de religiosité par rapport à l'image, j'étais capable de recevoir tout et d'aimer tout.
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La sexualité, précisément, est un thème important dans vos livres.
Pour moi la sexualité… Comment dire… La sexualité n'a jamais été un problème. Il faut dire que je ne suis pas un modèle de virilité et de machisme marocain. Donc j'étais très libre par rapport à ça. J'étais tout le temps dans une atmosphère un peu sexuelle. Dans les sociétés arabes, du fait de la promiscuité, on ne peut pas échapper à la sexualité de l'autre. En tout cas aux manifestations de la sexualité de l'autre. Ça commence par celle des parents. Je savais à peu près tout de leur sexualité. Je savais quand ils faisaient l'amour, quelle nuit. Même avant, je voyais les prémices. Je dirais presque que je les entendais dans la nuit, même si c'était peut-être davantage dans mes rêves ! Je voyais ce qui se passait le lendemain puisqu'il faut se laver parce qu'on est impur après l'acte d'amour. On n'avait pas de salle de bains. Tout se passait dans une sorte de toilette à la turque. On faisait chauffer de l'eau dans des gamelles qu'on transportait dans ces toilettes pour se laver. Il y avait aussi mes sœurs qui se servaient de moi comme prétexte pour aller chez leurs petits copains en disant qu'elles allaient juste se promener. Moi l'homme, j'étais chargé de les surveiller. Pendant que mes sœurs étaient dans la chambre avec leur copain, j'attendais. Elles me donnaient des bonbons, des glaces. Je regardais la télé. Ce n'est pas du tout quelque chose qui m'a gêné (rires). Peut-être que je suis un peu fou, mais je vous donne un exemple de la sexualité. Elle était peut-être non dite mais, dans les sensations, dans l'atmosphère, elle était présente en permanence. Et à partir de cette échelle familiale, on peut l'élargir à l'échelle de Rabat. Quand vous sortez dans la rue, c'est d'ailleurs quelque chose qui me frappe beaucoup quand je vais au Maroc maintenant, je me rends compte à quel point ce pays est débordant de sexualité ! Autant la sexualité est effacée dans la rue en Europe et en Occident, si ce n'est sur les panneaux publicitaires, autant dans la rue au Maroc, les gens se comportent d'une manière outrageusement sexuelle ! Du fait peut-être qu'on ne peut pas dire les choses…. C'est invraisemblable. Comment peuvent-ils être habillés, marcher, se draguer de cette façon, se jeter de pareils regards ? C'est un jeu sexuel permanent. Le fait d'avoir vécu dans cette atmosphère, ça m'a toujours paru naturel. Dans mon écriture, ça doit se voir un peu. Mais c'est juste comme cette atmosphère-là. Naturelle. Je ne me pose pas de questions par rapport à ma sexualité, à mon homosexualité. Ce n'est pas quelque chose qui m'obsède, qui me taraude ou me pose problème.

Il y a une initiation sexuelle entre garçons ?
Ah oui ! Absolument. Moi-même, j'ai eu une sexualité enfantine. Il y a une initiation entre enfants et avec des hommes entre 20 et 30 ans. Ça se passait de façon très naturelle. Je n'ai jamais été choqué.

Vous n'en conservez pas un traumatisme?
Jamais. Je pense que je ne suis pas le seul. Et je tiens à le dire, par rapport à ce qui se passe aujourd'hui en Europe, par rapport à la pédophilie notamment. Je trouve qu'il y a beaucoup d'amalgames et que malheureusement, on tombe dans un certain moralisme qui nuit beaucoup aux racines grecques et romaines de la culture occidentale. D'un côté on donne une certaine liberté, plus ou moins, à l'homosexualité et en même temps, on est en train de s'enfermer dans un certain « politiquement correct » que je trouve infernal. On reproche à l'Amérique certaines choses, mais en même temps, on se rend compte que l'Europe vit la même chose. Je trouve ça très malheureux.

Vous avez pu vivre votre homosexualité au Maroc ?
Oui, mais je ne l'ai pas vécue dans le sens européen. Pas dans une reconnaissance. Ma mère ne le savait pas. On ne peut pas dire les choses, on se sent enfermé, bloqué, étouffé. Mais parallèlement à ce non-dit, je pouvais vivre tout ce que je voulais. Ça n'empêche pas que j'avais des angoisses, des conflits, des accès de pessimisme, mais qui n'étaient pas liés à la sexualité ou à l'homosexualité.

Le fait de ne pas pouvoir parler de votre homosexualité à votre mère, c'était douloureux pour vous ?
Non. C'est pour ça que j'insiste. J'ai vécu mon homosexualité au Maroc, pas d'un point de vue occidental. Pas comme un Occidental la vivrait. Ce n'est pas du tout la même chose. Je ne suis pas en train d'idéaliser la société marocaine. Je dis juste comment moi j'ai vécu les choses. Et d'ailleurs, quand on essaye de transposer, c'est là que le malentendu apparaît. De même pour le lesbianisme. Je suis sûr qu'il y a beaucoup de choses au Maroc qui ne sont pas encore dites. Mais j'ai vu au Maroc des choses qui se passent entre femmes. Ne serait-ce que pour mes sœurs. C'est indéniable.
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Et puis il y a aussi cet espace collectif où les corps se mettent à nu, le hammam. C'est un lieu important pour vous ?
Oui. Absolument. C'est un lieu où il n'y a pas forcément une sexualité, mais une sorte de sensualité, une relation avec le corps de l'autre et ça c'est très, très important. Pour nous, c'était un lieu de passage obligatoire, ne serait-ce qu'une fois par semaine puisqu'on n'avait pas de salle de bains. On ne se lavait qu'une fois par semaine et je garde un goût pour ça. Parfois, ici à Paris, quand je sais que je ne vais pas voir du monde, je reste deux ou trois jours sans me laver. J'adore ces odeurs qui émanent de moi et que je ne garde que pour moi. Peut-être va t-on me prendre pour un cochon ! Si vous ne vous êtes pas lavés pendant trois ou quatre jours, quand vous le faites, l'impact de l'eau sur la peau n'est pas pareil. Et vous avez vraiment l'impression qu'il y a quelque chose qui se passe.
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Ça vous a manqué ce contact physique quand vous êtes arrivé à Paris ?
Oui. Devenir un individu, ça veut dire être seul, s'accepter et assumer tout seul, ce n'est pas quelque chose d'évident. Vraiment, même pour quelqu'un comme moi qui a lu, qui a un bagage intellectuel… Je dirais même que c'est un traumatisme. Pour devenir un individu, ici, à Paris, ça n'a pas été facile. De la même façon que ça n'a pas été facile, de s'extirper là-bas du groupe pour pouvoir garder ne serait ce qu'un espace pour soi.

Si vous étiez resté au Maroc, votre mère aurait voulu vous marier à une jeune femme. Il aurait été difficile de refuser.
Evidemment, je me pose cette question-là. De toute façon, elle me le disait déjà avant même que je ne parte. Mais, je prenais ça pour la dictature quotidienne de ma mère. Mais je ne sais pas ce que je serais devenu si j'étais resté là-bas. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a une homosexualité claire et nette. Il n'y a pas de doute sur ça.
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Est-ce que vos livres sont lus au Maroc à la fois par des intellectuels et des gens de votre famille ?
Ma famille a eu accès à des premières nouvelles que j'ai publiées dans des recueils collectifs et au premier livre Mon Maroc (Séguier, 2000). Le deuxième livre, Le Rouge du Tarbouche (Séguier, 2004) va être bientôt édité en français par une maison d'édition marocaine. Mes frères et sœurs lisent le français, mais ma mère est analphabète. Ils lui disent de quoi je parle.

En lui cachant votre homosexualité ?
Je ne sais pas. Ils ne le savent pas. Enfin…. Ce n'est pas qu'ils ne savent pas. Je ne veux surtout pas penser à ce qui va se passer au moment de la réception d'un de mes livres. Et ça ne me donne aucune angoisse. J'essaye de me vider la tête par rapport à ça.

La religion tenait une part importante dans votre vie quand vous étiez enfant, adolescent ?
La religion au sens où c'était un cadre de vie, pas au sens où il y avait des obligations de prière, de respect de tous les principes et préceptes de l'islam. C'était plus une religion comme atmosphère, comme lumière, comme odeur, comme ma mère dans son bordel religieux, qu'autre chose. Par exemple, on ne m'a jamais obligé à prier. La seule chose qu'on m'a obligé à faire, c'est le ramadan. Au Maroc, on peut ne pas respecter les autres préceptes, mais ne pas faire le ramadan, ça passe mal. Mais c'était la fête pendant trente jours. Je le faisais avec plaisir. Surtout, ce que j'aimais dans l'Islam, en tout cas celui que j'ai vécu dans les années 1970 et 1980, c'était le paganisme. Il y a des choses qui n'ont rien à voir avec l'islam et qui se mélangeaient à l'Islam (*), comme le culte des saints. C'est ce qui m'a le plus marqué. Dans mes livres, je parle toujours des saints, de la baraka. J'ai été initié à ça. J'ai vu ce que c'était. J'ai vu…Je vais dire un mot peut-être un peu choquant…. Mais… Les partouzes ! Ce que c'est un mausolée de saints au Maroc ! C'est un lieu d'une liberté extraordinaire. C'est à la fois un respect d'Allah, de certaines règles, mais pas toutes et l'instant d'après les gens boivent du vin, ils s'accouplent, ils sont possédés, ils croient qu'il faut satisfaire ces Djinns (démons) qui les habitent. C'était une atmosphère de folie qui me ravissait.

Qui sont saints ?
Au Maroc et en Islam en général, une personne devient saint ou sainte après sa mort seulement par la ferveur populaire, parce que les gens l'ont aimée. Ils honorent sa tombe et avec le temps, ça conserve à cette personne une certaine aura. On construit un mausolée, puis on organise une saison de pèlerinage. En réalité, beaucoup de ces saints n'ont pas eu une vie si pieuse que ça. Au contraire. Beaucoup étaient presque des mécréants, des gens qui vivaient dans le pêché, pour reprendre un mot religieux qui ne veut rien dire dans le cadre de ces mausolées. Je suis lié à la fois à ces saints, à ces mausolées, à ce qui s'y passe et à la folie. Le Maroc est un pays fou ! (rires) La folie, c'est quelque chose qui m'intéresse beaucoup… Peut-être parce que moi-même je dois être un peu fou. Nous devons tous avoir en nous des germes de la folie.

Que voulez-vous dire quand vous dites que le Maroc est un pays fou ?
Les gens vivent dans l'irrationnel complet, avec une croyance sincère dans la sorcellerie. D'ailleurs, si vous voulez comprendre les Marocains, il ne faut absolument pas dire « mais qu'est-ce qu'ils sont bêtes, ils croient à la sorcellerie! » La question ne devrait même pas se poser. Tout le monde y croit. Et tout le monde fait de la sorcellerie. Enfin je veux dire…. Pas moi, évidemment ! Mais c'est une clef importante pour comprendre, à la fois, la personnalité, la psyché, la religion et la société marocaine. C'est tout ça pour moi l'Islam et aussi l'appel à la prière. C'est une musique qui me manque beaucoup ici à Paris. Cette voix qui s'élève cinq fois par jour, qui gêne certaines personnes et qui ne m'a jamais gêné.

Que pensez-vous de la situation du Maroc aujourd'hui, sous le règne de Mohammed VI ?
Ce qui se passe en ce moment au Maroc est à la fois réjouissant et malheureux. Il y a des choses qui incitent à rester optimistes et d'autres qui, au contraire, font que je me demande comment les gens font pour réussir à survivre avec tant de misère. Par exemple, il y a au Maroc, c'est indéniable, la formation d'une société civile. Ça se voit à tous les niveaux. Il y a une vraie liberté de parole. Mais d'un autre côté, il y a une vraie misère qui fait le terreau de l'islamisme extrémiste qui est, quoi qu'on dise, en train de germer et de s'installer dans les quartiers populaires.

Si on prend l'exemple de votre famille ?
Heureusement, tous mes frères et sœurs ont pu faire des études. Ils ont trouvé du travail, ils ont de très bons postes. Nous ne sommes pas devenus des bourgeois, mais nous avons un bon niveau de vie. Nous ne sommes plus pauvres. Nous avons de quoi manger. Ce qui n'était pas le cas quand j'étais enfant. Mais quand je retourne dans mon quartier, je vois que les gens sont de plus en plus pauvres. Ça m'inquiète beaucoup. La misère, la pauvreté, c'est le meilleur moyen pour encourager l'extrémisme. L'Islam extrémiste peut donner un sens à la vie d'une personne pauvre qui est extrêmement fragile. N'importe qui peut venir et lui faire un lavage de cerveau en lui disant : « Si vous mourez, vous serez au Paradis, vous ne serez pas seul. » Etre un élément parmi tous les musulmans, ça donne un sens à l'existence. Le gouvernement ne fait pas assez pour les gens. Et en même temps, est-ce que c'est le gouvernement qui doit tout faire pour ce peuple ? En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il y a des richesses dans ce pays qui sont volées et qui sont l'apanage d'une petite minorité de Marocains. Le reste des gens n'a rien.
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Dans vos ouvrages, il y a une part de réflexion philosophique. Est-ce que c'est lié à votre culture islamique ?
Oui, il y a une certaine sagesse. Ça se traduit souvent à la fin de chaque récit. Il y a, non pas une morale, mais une manière de revenir sur le récit, non pour le résumer mais pour dire « voilà, c'est ça ». Ça doit provenir de la structure des contes oraux, au Maroc et dans le monde arabe.

Qu'est-ce qu'elle a de particulier ?
Souvent, après avoir raconté l'histoire, on la résume en deux ou trois lignes. J'essaie dans chaque texte de boucler ce que je raconte. S'il y a une morale, c'est simplement la mienne, celle de ma vie. Ça se voit encore plus dans les livres d'un compatriote que j'aime beaucoup, Rachid O, un écrivain homosexuel de 34 ans. Quand j'étais au Maroc, ça a été pour moi une énorme découverte.

Aujourd'hui, quelle place occupent la littérature et le cinéma dans votre vie ?
Le cinéma prime plus que la littérature. J'ai des idées de scénarii. Mais, quand j'ai compris que ma famille n'avait pas d'argent, que je ne connaissais personne à Paris, que même pour obtenir le visa pour aller en France ça allait être comme escalader l'Everest, quelque chose en moi s'est apaisé qui m'a appris non pas à renoncer, mais à retarder certaines choses. En ce moment, j'écris des textes où le « je » et la fiction interviennent. Ce que je lis après n'est plus moi, ça devient autre chose. Là encore, c'est la leçon de Proust. A partir du moment où l'on manipule les mots, où l'on joue sur le ton, la chronologie, les épisodes, les couleurs, il y a quelque chose de nouveau qui émerge et qui me surprend, moi le premier. J'ai un projet d'écrire sur le plus grand amour de Jean Genet, Abdallah le funambule qui s'est suicidé quand Genet l'a délaissé. J'adore Jean Genet, c'est un des plus grands écrivains du XXe siècle. Et quelque part, c'est un écrivain marocain.

Il est également cinéaste.
Oui et il a fait un des plus beaux films qui soit dans l'histoire du cinéma, Un chant d'amour. C'est un film muet, qui revient aux origines même du cinéma. Un film vraiment extraordinaire. Je serais volontiers un fils de Jean Genet.

Laure Naimski - Lire la suite...

"A.Saoudite - Une école qui prêche l’ignorance."

Un enseignement qui occulte les progrès accomplis en Occident ne peut déboucher que sur le fanatisme, rappelle l’intellectuel saoudien Jamal Khashoggi. Car “on finit par détester ce que l’on ne comprend pas”.

Notre enseignement de l’histoire produit des élèves qui ne connaissent rien du monde dans lequel ils vivent. Ils entrent à l’université sans avoir entendu parler des grandes transformations qui ont abouti à la modernité, dont ils consomment pourtant les produits matériels sous la forme de voitures ou de baladeurs qu’ils se mettent sur les oreilles en secouant violemment la tête. Ils n’auront pas compris que la suprématie technique de l’Occident s’explique par la révolution industrielle, et le sous-développement du monde musulman non pas par un complot occidental, mais par le fait que nous n’avons pas adopté ce modèle. De même, ils n’auront jamais entendu parler du mouvement religieux de la Réforme, qui a façonné le visage de l’Europe d’aujourd’hui. Ils ne sauront rien de l’époque des grandes découvertes, qui a bouleversé l’équilibre géostratégique entre l’Orient et l’Occident. Ils ne sauront pas grand-chose non plus de la naissance de l’idée des droits de l’homme ou de la création des organisations internationales qui gouvernent aujourd’hui le monde. Bref, nos déplorables étudiants, qui ne savent même pas à quel point ils sont déplorables, ne comprendront pas grand-chose au monde dans lequel ils vivent. Et l’on finit toujours par détester ce que l’on ne comprend pas. Beaucoup diront que j’exagère. Mais lisez les journaux, écoutez la radio et regardez la télévision : partout, vous trouverez des gens qui glosent sur l’inéluctable choc des civilisations. A titre d’exemple, je ne citerai que l’article paru récemment dans le journal [conservateur saoudien] Al-Madina : “Au cours de l’Histoire, l’Occident n’a jamais renoncé à son attitude agressive vis-à-vis de l’islam. D’une manière ou d’une autre, tout ce qu’il entreprend est une récidive de son vieux et immuable projet qu’il renouvelle, réadapte et pare de nouveaux noms au gré des circonstances : colonialisme, amitié entre les peuples, partenariat, non-prolifération des armes de destruction massive, lutte contre le terrorisme, soutien à la démocratisation… la liste est longue. Mais, en réalité, il s’agit à chaque fois du même vieux projet.”

“Des réformateurs éblouis par l’Amérique” Ce genre de déclaration est l’expression d’une doctrine que nous avons inculquée à nos enfants depuis la refonte du système scolaire nommée “rectification doctrinaire et civilisationnelle”, qui a frappé nos écoles et nos universités au milieu des années 1980 et qui a réussi à étendre son emprise depuis la guerre du Golfe [1990-1991]. Auparavant, durant les années 1970, nous autres, qui formulons aujourd’hui la critique de notre système d’enseignement, nous apprenions l’histoire européenne. Je me rappelle les discussions que nous avions avec nos professeurs à propos des ressemblances entre la réforme religieuse en Europe et chez nous. Plus tard, j’ai visité les cathédrales de Grande-Bretagne, où l’on voit encore comment les iconoclastes de la Réforme protestante ont détruit les statues des saints. Ça ne vous rappelle rien, cher lecteur ? [Allusion à l’interdiction de représenter la figure humaine dans la religion musulmane.] N’est-ce pas une parfaite illustration de la ressemblance entre les expériences historiques des peuples ? Ce sont ce genre d’exemples qui peuvent nous rendre plus enclins à nous accepter les uns les autres. Notre génération avait étudié ce qu’étudie aujourd’hui n’importe quel étudiant à travers le monde à propos des grandes civilisations et de l’histoire des peuples. Puis, soudainement, tout cela a disparu du programme. Pourquoi ? Je voudrais entendre les sommités responsables de ce changement s’expliquer là-dessus, mais je sais qu’elles ne prendront pas la peine de répondre à mes questions. Au contraire, elles persisteront à défendre les erreurs qui ont mené toute une génération à une telle ignorance. Elles considéreront toujours comme indigne d’eux de se laisser aller à polémiquer avec “cette bande de réformateurs occidentalisés qui se laissent éblouir par l’Amérique et qui constituent une cinquième colonne prête à brader notre héritage culturel”. C’est ainsi qu’ils clouent le bec à tous ceux qui oseraient s’opposer à eux. Au lieu de tomber dans le piège de la division, il vaudrait mieux que nous nous réunissions tous pour un dialogue entre étudiants, intellectuels et dirigeants économiques et politiques. Car il faudra bien répondre à la question de savoir pourquoi nos jeunes diplômés sont incapables de répondre aux besoins du marché du travail et de jouer leur rôle dans l’économie nationale.
Jamal Khashoggi
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Le réveil berbère

Désormais reconnues par le royaume chérifien, l'identité, la langue et la culture amazighes s'affichent. Dans les villages de la montagne, où la priorité est d'abord économique et sociale, la population s'organise, à travers des associations locales de plus en plus nombreuses. La fin d'un long oubli.

Dans sa maison de pisé, au cœur du Haut Atlas oriental, Aghrour Moha reçoit autour d'un thé à la menthe les amis venus lui souhaiter la bienvenue. Cela fait une petite semaine seulement qu'il a retrouvé son douar et sa famille. Il vient de passer huit années en prison et il ne comprend toujours pas pourquoi. L'affaire remonte à 1997: une dispute entre des bergers de la tribu des Aït Hdidou, à laquelle il appartient, et un autre clan, celui des Aït Ihya, pour une histoire de pâturage. Une tente est brûlée, quelques moutons sont tués. Aghrour jure qu'il n'a rien fait. Mais, un matin, les gendarmes sont venus les chercher, lui et 13 autres hommes du village. A Er-Rachidia, la grande ville la plus proche, un juge les a condamnés à de lourdes peines de prison. Aghrour est le dernier à avoir été gracié. Maintenant qu'ils sont tous libres, ils veulent organiser une fête pour sceller, avec les Aït Ihya, la «réconciliation des tribus». Car ici, en terre amazighe (berbère), c'est depuis toujours le clan qui engendre le lien le plus fort.

Nous sommes dans la région d'Imilchil, fief des Aït Hdidou. Etablis dans ces montagnes depuis le XVIIe siècle, ces Berbères d'origine saharienne étaient, autrefois, des guerriers. Tout comme, un peu plus au sud, là où commence le Sahara, la tribu cousine des Aït Merghad, rassemblée autour du vieux ksar de Goulmima et de sa palmeraie. Cette région du Maroc, où David Lean tourna Lawrence d'Arabie, sera la dernière à être soumise par les Français, lors de la bataille de Boughafer, en 1933, plus de vingt ans après la proclamation du protectorat. C'est un pays de montagnes ocres et arides, avec des oueds qui creusent des gorges étroites ou qui coulent au fond de vallées paisibles, entre peupliers et lauriers-roses, avec des canyons profonds, des douars qui ont la couleur de la terre, et des casbahs de pierres sèches.

Avec le Souss, au sud de Marrakech, et le Rif (1) au nord, l'Atlas est l'une des trois régions berbérophones du royaume chérifien. Cela fait des milliers d'années que les Imazighen («hommes libres») peuplent ces montagnes et leurs contreforts sahariens. Ils sont les premiers habitants du Maroc. Les Phéniciens - au XIIe siècle avant Jésus-Christ - et les Carthaginois - au Ve siècle avant Jésus-Christ - leur ont appris l'usage du fer, la culture de la vigne et celle de l'olivier. Sous la domination romaine, les Berbères ont donné deux papes à la chrétienté - Victor Ier, en 189, et Miltiade, en 311 - avant le grand tournant, au VIIe siècle, de la conquête arabe. Ils font alors allégeance aux Idrisides, originaires de la péninsule Arabique, et embrassent la foi musulmane.

La rencontre des Imazighen et de l'islam marque le début de l'histoire du Maroc telle qu'elle est aujourd'hui enseignée dans les écoles du royaume. Tout ce qui s'est passé avant, au temps où les Berbères n'étaient pas musulmans, est zappé… Du moins les écoliers d'aujourd'hui apprennent-ils - ce qui n'était pas le cas de leurs aînés - la saga des grands empires amazighs: les Almoravides, venus du Sahara au XIe siècle, qui fondent Marrakech avant de conquérir l'Andalousie; les Almohades, originaires du Haut Atlas, qui réussiront à s'imposer dans toute l'Afrique du Nord; les Mérinides, très tôt arabisés, qui, pour gouverner, s'appuient sur l'élite andalouse. C'est à leur époque seulement, au XIIIe siècle, que la langue arabe s'impose dans les cercles du pouvoir. Elle va s'étendre dans les plaines et dans la plupart des villes. Les montagnes, elles, restent berbérophones. Sous la coupe de chefs de guerre, elles échapperont longtemps au contrôle des sultans. Une «carte politique du Maroc» d'origine française datant de 1900 (2) l'atteste. Le pays y apparaît divisé en trois zones: le makhzen, c'est-à-dire le territoire contrôlé par le sultan, les régions «semi-indépendantes» et les zones «dissidentes». En réalité, le pays berbère, à la seule exception d'une partie du Souss.

Victimes du panarabisme
En 1956, le Maroc, nouvellement indépendant, proclame son identité arabe. Le mouvement national - notamment le parti de l'Istiqlal (dominé par la bourgeoisie fassie) - est profondément attaché au panarabisme, qui a alors le vent en poupe du golfe Persique à l'océan Atlantique. L'arabité est considérée comme un facteur d'unité, la diversité culturelle comme un ferment de division. «Au regard du redoutable arsenal de mythes valorisant l'arabisme, les gesticulations de la berbérité ne font pas le poids», commente Mohamed Chafik. Cet universitaire, auteur de nombreux ouvrages, ex-directeur du Collège royal, à Rabat, est aujourd'hui considéré comme le «père» du mouvement amazigh marocain.


Les Berbères du Maroc.

Ce n'est qu'en 1991 que la revendication berbériste émerge au Maroc. Le 5 août de cette année-là, une demi-douzaine d'associations, réunies à Agadir, rendent public un texte qui réclame la reconnaissance de la langue et de la culture amazighes. Trois ans plus tard, le 1er mai 1994, sept manifestants sont arrêtés à Goulmima pour avoir défilé avec des banderoles rédigées en tifinagh, l'écriture des Berbères. A la fin des années 1990, le climat change. Démocratie et droits de l'homme s'installent au cœur du débat politique. Le mouvement berbériste se greffe sur cette évolution. «La revendication identitaire amazighe s'inscrit dans la revendication démocratique, elle est partie prenante au mouvement pour les droits de l'homme», souligne Driss Khrouz, directeur - berbère - de la Bibliothèque nationale, à Rabat. Les animateurs du mouvement amazigh mettent volontiers en avant les traditions de leur culture, qui, selon eux, rendraient les Imazighen plus accessibles aux valeurs de la démocratie, voire de la laïcité: le rôle des conseils de notables, un certain égalitarisme historiquement lié aux nécessités de la transhumance… «Notre mouvement est porteur des valeurs de tolérance de nos ancêtres», affirme ainsi l'universitaire Meryam Demnati.

Mars 2000: après deux années de débats, des intellectuels réunis sous la houlette de Mohamed Chafik publient un «manifeste berbère». Le texte, signé par plus de 200 personnalités, est un véritable cahier de doléances. Il demande à la fois la réhabilitation de la langue, de la culture et de l'identité berbères, la refonte de l'enseignement de l'histoire, la mise en place de fonctionnaires berbérophones dans les administrations en contact avec le public, une politique de développement régional… Il est remis au porte-parole de Mohammed VI, Hassan Aourid, lui-même d'origine berbère. La question amazighe entre au Palais.


Le tamazight enseigné à l'école
Le roi nomme une commission - composée de Mohamed Chafik, de Hassan Aourid, de l'historien Abdelwahab Ben Mansour, du directeur du cabinet royal, Rochdi Chraïbi, et d'un conseiller du souverain, Meziane Belfikh - chargée d'y réfléchir. Le 17 octobre 2001, il signe le dahir (décret) qui donne naissance à l'Institut royal de la culture amazighe (Ircam)». Le Palais reconnaît désormais que l'identité du royaume est plurielle et que la berbérité y a sa part. L'Ircam est à la fois une institution universitaire et une instance consultative chargée de conseiller le souverain sur tout ce qui concerne l'identité berbère. Un caractère hybride critiqué par certains universitaires et que défend son recteur, Ahmed Boukouss. «Notre rôle politique, dit-il, nous donne une visibilité, un poids que nous n'aurions pas si nous étions une simple institution académique.»

Priorité de l'Ircam aujourd'hui: accompagner la mise en place de l'enseignement du tamazight à l'école. Les premières classes ont été ouvertes à la rentrée 2003 dans un peu plus de 300 écoles. Sur le papier, en 2010, tous les élèves du cycle primaire du royaume devraient avoir trois heures de cours par semaine. Un objectif ambitieux qui ne sera pas atteint car le programme, ces deux dernières années, a pris du retard. L'Ircam accuse le ministère de l'Education et certaines académies de faire preuve de mauvaise volonté - sept membres du conseil d'administration de l'institut ont démissionné en février dernier pour manifester leur mauvaise humeur - tandis que les autorités gouvernementales invoquent des difficultés techniques qui auraient été largement sous-estimées.

Il faut dire qu'avant même de rédiger les manuels il a fallu choisir l'écriture. La bataille a été rude. Les uns, notamment un courant berbériste issu de la mouvance islamiste, plaidaient pour les caractères arabes; les autres, militants d'associations laïcisantes, pour la graphie latine. C'est finalement une troisième voie qui a été retenue par le conseil d'administration de l'Ircam, appelé à trancher ce débat: les écoliers marocains apprendront à écrire en tifinagh, l'écriture des Imazighen depuis les origines. Un compromis très politique, en faveur duquel Mohamed Chafik, à l'époque recteur de l'Ircam, a pesé de tout son poids, mais qui demeure très contesté.

Le financement des expatriés
Aujourd'hui, les associations amazighes veulent que la monarchie aille plus loin: elles demandent la reconnaissance officielle de la langue berbère dans la Constitution. En faisant valoir que 10 millions de Marocains, soit près 40% de la population du pays, sont berbérophones. En attendant, la berbérité s'affiche. Les festivals de musique ou de poésie amazighes attirent les foules.

Dans le monde des affaires, une nouvelle génération émerge. «La berbérité a davantage de visibilité, constate le politologue Mohamed Tozy. On ose maintenant lire le paysage économique ou politique en ces termes.» «Il y a beaucoup moins de complexes qu'avant», confirme Aziz Akhannouch, président de la région Souss-Massa-Draâ et jeune patron - berbère - du groupe Akwa, dont les activités vont de la distribution d'essence et de gaz à la téléphonie mobile, en passant par l'assurance et la presse.


Les débats au sein de l'Ircam ont peu de prise sur le monde rural, qui constitue l'essentiel du pays berbère. Mais on assiste depuis quelques années, dans ces régions, à une floraison d'associations locales de développement, dont les animateurs ne cachent pas que leur démarche est, aussi, largement identitaire. «Le problème de l'amazighité n'a jamais été purement culturel et linguistique. Il est d'abord un problème économique et social. L'amazighité, c'est également les routes, l'électricité, l'eau potable»,
souligne Mounir Kejji, militant berbériste, chercheur au centre Tarik ibn Zyad, à Rabat. «Les gens ont pris conscience qu'il ne fallait pas compter sur l'Etat et qu'ils devaient se prendre en main, ajoute-t-il. D'où l'engouement pour les associations.»

Les premières sont nées dans le Souss, à l'époque de Hassan II, en grand partie grâce à l'argent des expatriés (3). «L'‘‘Arabe du coin'' est un Chleuh [un Berbère du Souss]», dit Abdellah Bounfour, qui enseigne le berbère à Paris. Traditionnellement commerçants, les Soussis ont investi, dans nos grandes villes, épiceries et commerces de fruits et légumes. Ayant acquis une certaine aisance financière, ils ont cherché à aider leurs villages. D'où le foisonnement d'associations. Electrification, construction d'ouvrages hydrauliques, de pistes, de routes, de dispensaires… les initiatives villageoises, souvent financées par l'immigration, se sont multipliées depuis les années 1980.

A cette époque, la monarchie se désintéressait du développement des campagnes. Aujourd'hui, celui-ci est devenu une priorité. La démarche associative est encouragée officiellement dans toutes les régions rurales. Les assemblées traditionnelles des tribus berbères - les qalila, au niveau du clan, les comités de douar dans les villages - sont invitées à se doter d'une structure juridique pour bénéficier des appuis administratifs et pouvoir collecter des fonds.

A Anergui, commune du Haut Atlas située entre Imilchil et Azilal et qui regroupe une demi-douzaine de douars, c'est un «fonctionnaire d'autorité» - ainsi se définit Lahcen Houhemou - qui a pris, l'an dernier, l'initiative de créer l'Association Mouriq pour le développement, du nom de l'une des montagnes qui dominent le village, avec son ami Chérifi Hammou. Ce dernier, qui conduisait le 4 x 4 municipal avant qu'il tombe définitivement en panne, possède un petit gîte où il accueille des randonneurs. «Nous avons réalisé qu'il nous fallait un statut et un compte bancaire pour pouvoir recevoir leurs dons», explique Lahcen. Les premiers fonds récoltés ont servi à acheter des médicaments, des stylos et des cahiers pour les enfants. Récemment, une demande de subvention a été adressée aux autorités de la région. En projet: la construction d'une salle de classe et l'achat d'une ambulance - l'ambassade du Japon a été sollicitée, avec le soutien de l'administration. Les deux compères aimeraient aussi pouvoir acquérir un tracteur afin d'entretenir les pistes, souvent impraticables dès qu'il pleut. Lahcen a même écrit à Jacques Chirac pour lui demander son aide.

Le premier médecin à trois heures de route
Il exhibe fièrement la lettre de l'Elysée qui lui suggère de s'adresser au service de la coopération de l'ambassade de France à Rabat: «Au moins, il m'a répondu!» Sa requête n'a rien d'un caprice: il faut rouler trois heures sur la caillasse pour atteindre le premier médecin. Un accouchement difficile peut, très vite, tourner au drame. Plusieurs femmes d'Anergui sont mortes en couches faute d'avoir pu être transportées à temps dans un hôpital. Celle de Chérifi a eu plus de chance: elle a mis leur enfant au monde sur la piste…

Aït Iazem, au nord d'Azilal, dans le Haut Atlas central: une centaine d'hommes armés de pioches s'affairent, malgré la chaleur, autour du vieux puits de cette commune rurale. Il faut l'agrandir et préparer la pose de canalisations. Avec, dans six mois, la perspective d'avoir un château d'eau et pour chacun, enfin, des toilettes et l'eau courante. L'initiative du projet revient à l'Association Azilal pour le développement, l'environnement et la communication (Aadec), qui a incité les villageois à se doter de leur propre association et organisé un partenariat avec un organisme public, l'Agence de développement social. Celle-ci finance 80% des travaux, mais les villageois doivent prêter leurs bras et fournir ainsi, en nature, 20% du coût du projet. L'Aadec a été créée il y a cinq ans par quatre jeunes d'Azilal. Ils reconnaissent avoir profité d'un «climat favorable». Leur objectif: faire en sorte que leur région ne soit plus une «province oubliée», marginalisée. «Notre région a longtemps été délaissée par le pouvoir central parce qu'elle était considérée comme dissidente», explique Lhoucine Oualla, vice-président de l'Aadec, qui aimerait voir officiellement reconnue la «résistance de la montagne berbère à l'occupation coloniale». «Bien souvent, dans les douars, ajoute-t-il, les gens n'ont pas d'autres liens avec l'Etat que les taxes sur le sucre et le thé.» La province a aussi payé un lourd tribut aux années de plomb: 7 000 détenus recensés.

Un soulèvement durement réprimé C'est vrai de tout le Haut Atlas et de ses contreforts. Plus à l'est, les régions d'Imilchil, de Goulmima et de Tinghir furent, en mars 1973, le théâtre d'une ultime tentative de soulèvement contre la monarchie. A l'instigation des dirigeants de la gauche marocaine alors basés à Oran (4), plusieurs dizaines de maquisards berbères tentèrent d'installer un foyer révolutionnaire. Sans doute trahis, la plupart d'entre eux ont été tués les armes à la main. Les autorités ont alors procédé, dans toutes les localités avoisinantes, à des arrestations massives. «A l'époque, raconte Ihou Chari, un professeur de français aujourd'hui à la retraite, j'enseignais à Goulmima. Je n'étais pas impliqué dans le soulèvement. Mais j'étais membre du Syndicat national des enseignants et j'avais adhéré à l'Union nationale des forces populaires. Comme beaucoup de jeunes gens arrivés à l'âge adulte dans les années 1960, je croyais au tiers-mondisme, j'admirais Che Guevara. Cela a suffi pour qu'ils m'emmènent. Ils ont raflé tout le monde, du berger au prof d'université.» Il fut détenu pendant trois ans et demi, sans jamais passer en jugement. Libéré, il est sommé de se taire. Jusqu'à cette année et son audition devant l'instance Equité et réconciliation, chargée d'entendre et d'indemniser les victimes des dérapages du passé. Cette mémoire-là commence à peine à sortir des oubliettes de l'histoire officielle.


Post-scriptum
L'Institut européen de la Méditerranée organise un symposium consacré à la culture amazighe du 28 au 30 juin, à Barcelone.

(1) L'Express du 24 mai 2004 (lire l'article).
(2) Au seuil du Maroc moderne, du Dr F. Weisgerber, publié par l'Institut des hautes études marocaines aux éditions la Porte, à Rabat, en 1947.
(3) Marocains de l'autre rive. Les immigrés marocains acteurs du développement durable, par Zakya Daoud. Ed. Paris-Méditerranée, coll. Documents et témoignages, 2005, 248 p., 16 €.
(4) Héros sans gloire. Echec d'une révolution, 1963-1973, par Mehdi Bennouna. Ed. Paris-Méditerranée, coll. Documents et témoignages, 2002, 376 p., 18 €.


Par Dominique Lagarde
Lexpress.fr

Liens
L'Internet berbère
www.ircam.ma
www.centretarik.org.ma
www.tawiza.net
www.souss.com
www.mondeberbere.com
www.leschleuhs.com
www.amazighworld.org
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Salam Casablanca,

La capitale économique du Maroc vient enfin de se doter d’une manifestation digne de son rang. Éclectique et populaire comme il se doit, la première édition a rassemblé du 16 au 23 juillet deux millions de personnes, soit le tiers des habitants de la ville !

L'horloge de la wilaya indique 21 heures. Les trottoirs de l'avenue Hassan-II sont noirs de monde. La circulation coupée. Un cortège officiel ? Non ! Une parade en ouverture du festival de Casablanca. Un genre plutôt inédit dans cette mégapole où l'on a longtemps craint que les rassemblements populaires ne tournent à l'émeute. L'ambiance est plutôt bon enfant en ce samedi soir. Transhumance, la parade nocturne tout en musique et en lumière imaginée par la compagnie Oposito, achève son parcours place Rachidi, dans le centre-ville. Menés par des dizaines d'artistes, les animaux factices (éléphants en métal, vaches et girafes en bois, oiseaux aux plumes illuminées) qui viennent de défiler devant 120 000 spectateurs éblouis disparaissent derrière un rideau de feu. La place Rachidi, où a été dressée l'une des trois scènes en plein air et en accès libre est déjà prise d'assaut. Les petits marchands ambulants de cigarettes et chewing-gums qui grouillent sur la place peuvent se frotter les mains. Ce soir, ils feront des affaires.
Sur l'immense plateau, cinq gais lurons, les Hoba Hoba (voir J.A./l'intelligent n° 2317). Pour l'occasion, Réda Allali, le meneur de ce « groupe fusion » né en 1998, et ses musiciens se sont mis sur leur trente et un. Tous en costumes aux couleurs psychédéliques. Leur premier morceau, « Bienvenue à Casa », s'avère un portrait cru et tendre de la cité blanche. Il y est question de « pollution », de foules qui passent la nuit devant les consulats en attente d'un hypothétique visa, de taxis fous qui slaloment dans les artères de la ville, de « pétasses qui passent et repassent devant les terrasses » et autres joyeusetés.
Non, Casablanca ville muse n'a pas inspiré seulement le cinéaste américain Curtiz (réalisateur du célèbre film), mais aussi les artistes locaux. « Casa, Casa, ya lwahch el meskoun alik n'ghani ou nbeki ou ngoul... » (« Casa, Casa, monstre hanté, c'est toi qui inspires mes chants, mes pleurs et mes mots) », chantent aussi les Darga, autre groupe fusion également au menu de cette première édition. Tout en faisant voyager à travers le monde, avec le reggaeman ivoirien Tiken Jah Fakoly, Wyclef Jean ou la star libanaise Elissa, la programmation musicale n'en fait pas moins la part belle aux artistes locaux, des mythiques Nass El Ghiwane à Jil Jilala en passant par Rouicha et Hajja Hamdaouia, sans oublier la relève.
Selon quels critères a été concoctée cette affiche pour le moins éclectique ? « On a commencé par oublier le bon goût officiel pour revenir à ce qu'aiment les gens, ce qui les fait danser, chanter chez eux, et nous avons porté ça dans la rue », explique Réda Allali, par ailleurs conseiller artistique musical de cette première édition. Nous avons voulu créer une ambiance conviviale dans une ville où les gens ne sont pas très à l'aise dehors. Et pour attirer les familles, il faut programmer Rouicha, Stati, Hajja Hamdaouia. »
Attirer les familles dans les rues d'une ville réputée peu sûre, d'autant plus que les attentats du 16 mai 2003 sont encore présents dans les mémoires, relevait du défi. Et il fut relevé haut la main puisque deux millions de spectateurs, soit un tiers des habitants de Casablanca, ont répondu présent à cette première édition, avec des pics du côté de la scène de Sidi Bernoussi. 170 000 fanatiques de raï se sont amassés devant le plateau dressé dans ce faubourg plus que modeste, à deux pas des banlieues miséreuses où ont grandi les kamikazes du 16 mai, pour s'y déchaîner sur les rythmes de Cheb Bilal.
Ne se limitant pas à la musique, le festival a accordé une place importante à l'art urbain et au cinéma. Outre le Lynx, une salle de quartier mythique, des écrans ont été installés dans deux lieux inattendus : la plage Lalla-Meryem, créant ainsi le premier « ciné-plage » du Maroc, et au parc de l'Hermitage, révélant combien ce jardin, récemment réhabilité par l'association La source du Lion, a encore cruellement besoin de verdure. Et si « développer l'esthétique et mettre en valeur certains lieux à travers l'art » est, selon Nawal Slaoui, commissaire des expositions, l'objet même de l'art urbain, les adeptes de cette discipline ne devraient pas manquer d'inspiration à Casablanca.
Pour sa première édition, le festival, qui ambitionne de faire de l'art urbain une de ses composantes phares, a choisi d'intervenir précisément sur le phare de la ville. Pourquoi cet ouvrage ? « D'abord, il se trouve à proximité de la cité d'el-Hank, un coin qui a été tabou pendant plusieurs années. Les Casablancais ont voulu occulter ce site parce qu'il se trouve à proximité du refuge où l'on isolait les lépreux et les fous. Ensuite, le phare est un monument magnifique dont les Casablancais se détournaient, et il fallait les amener à le regarder de nouveau », estime Nawal Slaoui. À cette fin, elle a commandé au plasticien Mohamed Abouelouakar une toile pour habiller la tour du phare (51 m) et a fait appel aux membres de l'association de quartier Manar el-Hank, qui ont peint à la main la base cylindrique du monument. Le but ? « Qu'au-delà de "voir" le phare, les promeneurs se mettent à le regarder et à entretenir la mémoire historique de la ville. Car si Casa existe, c'est grâce au port, et si le port existe, c'est grâce au phare », poursuit cette ancienne galeriste.
Autre volet de la discipline « Art urbain », une exposition photographique itinérante intitulée « Ana bidawi, ana bidawia » (« Je suis Casablancais, je suis Casablancaise »). Dans le cadre de ce projet, 300 photos réalisées par cinq artistes casablancais ont été exposées sur une cinquantaine de bus. « L'idée étant que ces photos circulent et soient vues par un maximum de personnes dans l'ensemble des quartiers et des banlieues », explique Nawal Slaoui. C'est ainsi que les Bidawas ont découvert sur les vitres des bus le Casa résolument urbain et quasi new-yorkais des clichés de Pascale de la Orden. Sur les images signées Maria Karim, c'est davantage une ville sans cesse en mouvement qui surgit. L'objectif de Saâd A. Tazi s'est, lui, attaché à sublimer la beauté graphique de Casablanca tandis que Khalil Nemmaoui et Lamia Naji ont cherché à montrer les émotions des cinq millions d'âmes qui la peuplent.
Dans un même esprit, « Portraits de Casablancais », l'une des nombreuses thématiques de la programmation cinématographique, fait le lien avec « Ana bidawi, ana bidawia », comme l'explique Ali Hajji, codirecteur délégué du festival. Ce panorama comporte six films disséquant notamment le Casablanca d'en haut (Marock, de Laïla Marrakchi), d'en bas (Ali Zaoua, de Nabil Ayouch, ou À Casablanca, les anges ne volent pas, de Mohamed Asli), voire même l'improbable mariage hollywoodien des deux dans Bandits, de Saïd Naciri. L'idée était de « montrer Casablanca aux Casablancais en tenant compte de la diversité et des problématiques différentes », explique Ali Hajji.
Tout le dilemme des programmateurs était d'attirer un public non seulement divers, qui va de « Madame Amrani et ses cinq enfants au gardien de parking », mais aussi réputé indomptable et enclin au débordement ! Préjugé que cette première édition aura eu, entre autres mérites, de faire taire.
MAROC - 30 août 2005- par Fadwa Miadi, Envoyée spéciale /Jeune Afrique l'intelligent Lire la suite...

Tuesday, September 06, 2005

Identités meutrières - 2nd extrait


"Il me semble également que chacun d'entre nous, s'il sait user des moyens inouïs qui sont aujourd'hui à sa portée, peut influencer de manière significative ses contemporains et les générations futures.A condition d'avoir quelque chose à leur dire, à condition de se montrer inventif, parce que les nouvelles réalités ne nous arrivent pas accompagnée de leur mode d'emploi,à condition surtout de ne pas se blottir chez soit en marmonant:monde cruel je ne veux plus de toi."
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Saturday, August 27, 2005


Extrait de la BD "Poulet aux prunes" de la jeune iranienne Marjane Satrapi. (cette BD a gagné le 1e prix à Angoulême cette année.Marjane est vraiment magnifique de simplicité, ses planches en noir et blanc sont superbes, mais c'est surtout le texte qui donne toute sa force à ses BDs.
ps:Personnelement je préfère la série des "Persepolis :-)"  Posted by Picasa Lire la suite...

2nd part.Extrait "Poulet aux prunes" Posted by Picasa Lire la suite...

Monday, August 22, 2005

"Clin d'oeil" to my friend sadio...s'il passe dans le coin"
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Tuesday, August 09, 2005


Who knows??maybe oneday this voice will speak up loudly Posted by Picasa Lire la suite...

Ibrahim Ferrer, un miracle cubain (Il s'est éteint à l'âge de 78 ans)





Longtemps, on gardera en mémoire ces papys cubains du Buena Vista Social Club, miracle d'une époque où la gloire instantanée ne profite pas toujours aux gamins ou produits formatés pour le marché. Ibrahim Ferrer était le chanteur à casquette de toile devant la caméra de Wim Wenders, dans le film Buena Vista Social Club, et avait depuis refait une étonnante carrière en solo – le temps le plus heureux de sa longue et cahoteuse vie d'artiste. Ces dernières semaines, il s'est notamment produit au festival Jazz in Marciac, dans le Gers, et au festival des Vieilles-Charrues à Carhaix, dans le Finistère, avant de rentrer mercredi dernier à La Havane, où il a été hospitalisé dès son arrivée. Il s'est éteint samedi, à l'âge de soixante-dix-huit ans, rejoignant ainsi d'autres compagnons du Buena Vista Social Club : le chanteur, guitariste et grand fumeur de cigares Compay Segundo, mort en juillet 2003 à l'âge de quatre-vingt-quinze ans, et le radieux pianiste Ruben Gonzalez, disparu à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, six mois plus tard.

La vie d'Ibrahim Ferrer commence le 20 février 1927 dans l'est de Cuba. C'est à Santiago, la grande ville de l'Oriente, qu'il devient musicien professionnel à l'âge de quatorze ans : orphelin de père et de mère, il doit subvenir seul à ses besoins. Sa spécialité, ce sont les boleros, ces chansons sentimentales qui sont à la culture cubaine ce que l'art des crooners est à l'Amérique du Nord. Peu à peu, il se fait un nom : il est embauché par l'Orquestra de Chepin-Chovin, puis par l'Orquestra Ritmo Oriental de l'immense Beny Moré (mort en 1963, le nom le plus populaire de la musique cubaine jusqu'à la carrière météorique de Polo Montanez, mort en 2002). A la fin des années 50, il entre dans le groupe Los Bacucos, qui va connaître une belle notoriété : concerts au Bolchoï de Moscou, à la Fête de L'Humanité en 1962... Sa voix feutrée et souriante vaut à son orchestre plus de succès qu'à lui-même. Les relations difficiles au sein du groupe, le sentiment d'avoir été souvent «trop gentil» font qu'en 1991, à soixante-quatre ans, Ibrahim Ferrer prend sa retraite, déçu et bien décidé à ne jamais plus chanter.

Il vit d'une petite pension qu'il arrondit en vendant des billets de loterie quand il est approché pour un projet surprenant. Un Américain, le guitariste Ry Cooder, rassemble des musiciens de la génération finissante pour retrouver les parfums du son cubano des années 50. Si Ibrahim Ferrer n'imagine pas qu'il entame une nouvelle carrière, il ne sera pas le seul surpris par l'ampleur du succès : sorti en 1997, le disque Buena Vista Social Club (avec sur la pochette Ibrahim Ferrer marchant dans une rue de La Havane) va se vendre à sept millions d'exemplaires dans le monde. Album et film sont des phénomènes qui bouleversent l'image internationale de Cuba et de sa culture, les journalistes étrangers se précipitent à La Havane voir sur place les papys du son et du bolero, le tourisme est relancé par une musique qui n'avait plus aucun succès dans l'île. Si au départ c'est Compay Segundo qui focalise le plus l'attention des Occidentaux, l'album Buena Vista Social Club Presents Ibrahim Ferrer atteint quand même un million et demi d'exemplaires !

Le chanteur quitte sa maison délabrée pour une jolie villa où il peut accueillir sa large famille, et ne cesse de tourner dans le monde entier. Après deux disques solo en 1999 et 2003, il préparait pour cet automne ou cet hiver un nouvel album de boleros classiques. Il se disait toutefois un peu déçu de ne pas avoir eu un tel succès à une époque où il jugeait sa voix meilleure. Ry Cooder, qui le comparait à un Nat King Cole cubain, affirmait quant à lui qu'Ibrahim Ferrer n'avait jamais mieux chanté que ces dernières années. La beauté de l'histoire est qu'il ait connu l'amertume de la vieillesse avant les fruits de la gloire.

Bertrand Dicale (lefigaro.fr) Lire la suite...

Thursday, August 04, 2005

Le Marocain déprime en rigolant (Fouad Laroui)

Sur un banc de la gare de Madrid, où j’attends un train qui n’arrive pas, la conversation s’engage avec mes voisins d’infortune. Celui qui parle le plus se trouve être marocain. Il sourit de toutes ses dents, partage son sandwich avec nous et raconte des blagues dont il est le premier à rire. Les deux autres bonshommes restent de marbre. Et pour cause : l’un est chilien et l’autre thaïlandais, et ils n’entendent pas l’arabe mâtiné de tamazight que manie Rachid (appelons-le Rachid). Je fais de mon mieux pour traduire en espagnol et en anglais, mais, décidément, la blague du fqih et du chameau borgne n’est drôle qu’en dialecte marocain.
Tout de même, il y a quelque chose qui me turlupine. N’ai-je pas lu ce matin même dans El País que le Maroc est classé au cinquantième rang du bonheur après le Chili et la Thaïlande ? Alors pourquoi Rachid se gondole-t-il en gare d’Atocha, alors que Pedro et Pongpol font grise mine ? Globeco, la revue française « d’études stratégiques » qui a trouvé les sujets de M6 plus tristes que ceux de Sa Majesté Bhumibol, se serait-elle emmêlé les statistiques ? Du coup, je décide de faire une contre-expertise. Voyons l’Asiatique.

« Everything all right, Pongpol ? »

Il me regarde d’un air torve. Non, rien n’est all right. Le crédit que lui a accordé la Krung Thai Bank pour ouvrir un restau à Madrid s’avère très onéreux, sa BMW est au garage, son appart’ sur la Castellana est trop grand et sa femme le ruine en parfums. Je me tourne vers le Chilien.

« Pedro, todo bien ? »

Todo pas bien du tout ! Ses vacances aux Seychelles tombent à l’eau (ha, ha), sa chaîne hi-fi est kaput, sa petite amie lui fait la tronche et le prix des cigarettes a encore augmenté. Je me tourne vers le Rifain rigolard qui anticipe ma question.

« Tout va très bien, mon frère. J’ai franchi le Détroit sous la bâche d’un camion. Je n’ai pas mangé pendant deux jours. Non, je ne connais personne ici. Je n’ai pas le sou. Pas de papiers, rien. Alors qu’est-ce qui peut m’arriver de pire ? Tout va bien. Demain, je vais chercher du travail. Dans un an, je serai riche. Inch’allah. »

Et il me tend quelques dattes et des graines de potiron grillées.

Finalement, le classement de Globeco a du bon : il suffit de le tenir à l’envers. Il y a fort à parier que le PDG norvégien surmené, effondré à l’arrière de sa Lexus-avec-chauffeur, en route vers l’infarctus ou la dépression, a moins d’occasions de rigoler que mon ami Rachid sur son banc public au pays de Cervantès… Lire la suite...

Friday, July 22, 2005

Les identités meurtrières (A.Maalouf) - Extraits


"Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c'est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles"

"L'identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitiés, ni par tiers, ni par plages cloisonnées.Je n'ai pas plusieurs identités, j'en ai une seule, faite de tous les éléments qui l'ont façonnée, selon un 'dosage' particulier qui n'est jamais le même d'une personne à l'autre."

"Lorsqu'on me demande ce que je suis 'au fin fond de moi-même', cela suppose qu'il y a 'au fin fond' de chacun, une seule appartenance qui compte, sa 'vérité profonde' en quelque sorte, son 'essence', déterminée une fois pour toute à la naissance et qui ne changera plus; comme si le reste, tout le reste -sa trajectoire d'homme libre, ses convictions acquises, ses préférences, sa sensibilité propre, ses affinités, sa vie en somme -, ne comptait pour rien.Et lorsqu'on incite nos contemporains à 'affirmer leur identité' comme on le fait si souvent aujourd'hui,
ce qu'on leur dit par là c'est qu'ils doivent retrouver au fond d'eux-mêmes cette prétendue appartenance fondamentale, qui est souvent religieuse ou nationale ou raciale ou ethnique, et la brandir fièrement à la face des autres."

"On a souvent tendance à se reconnaitre dans son appartenance la plus attaquée......., Ceux qui la partage se sentent solidaires, ils se rassemblent, se mobilisent, s'encouragent mutuellement, s'en prennent à 'ceux d'en face'.Pour eux, 'affirmer leur identité' devient forcément un acte de courage, un acte libérateur......S'ils ont le sentiment que les 'autres'constituent une menace pour leur ethnie, leur religion ou leur nation, tout ce qu'ils pourraient
faire afin d'écarter cette menace leur paraît parfaitement légitime; même lorsqu'ils en arrivent à commettre des massacres, ils sont persuadés qu'il s'agît là d'une mesure nécessaire pour préserver la vie de leurs proches....."
"Ce que nous appelons commodèment 'folie meurtrière', c'est cette propension de nos semblables à se muer en massacreurs lorsqu'ils sentent leur 'tribu' menacée"
"A partir du moment oû une population a peur, c'est la réalité de la peur qui doit être prise en considération plus que la réalité de la menace"

"C'est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances,et c'est notre regard qui peut les libérer"
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